célébrer la victoire

homélie de la fête de Toussaint 2017

Quand les Diables Derrière il y a la lumière rouges remportent un match de coupe du monde, beaucoup de gens se rassemblent dans les rues pour fêter la victoire. Une grande fierté rejaillit sur tout le monde et c’est enthousiasmant de participer à cette célébration avec d’autres. Pourtant, cette victoire est éphémère, et ce n’est pas comme si tous les Belges gagnaient le winforlife. Le livre de l’Apocalypse (Ap 7,9) nous met devant une fête qui me fait penser à cette célébration des Diables rouges, sauf qu’ici la victoire remportée est totale et définitive, et qu’elle concerne tous les participants. C’est la célébration de la victoire du Christ sur le mal et sur la mort. Une victoire qui n’est pas qu’un triomphe pour le Christ mais dont chacun peut se revêtir en blanchissant sa robe dans le sang de l’Agneau. Et le moyen courant qui nous est donné pour cela ce sont les sacrements, spécialement l’eucharistie et la réconciliation.

La célébration de cette victoire ne se fait pas chacun seul dans son coin, comme si on se contentait d’ouvrir une bonne bouteille pour la boire tout seul. C’est tout un peuple qui célèbre la victoire de son Dieu, la libération définitive des forces des ténèbres qui pèsent sur le monde. Ils sont là tous ensemble, une foule de toutes nations, peuples et langues.

Le salut chrétien ne se vit pas individuellement, bien qu’il nous touche chacun personnellement. L’amour est personnel : chacun se découvre aimé de Dieu d’une façon unique et capable de lui répondre par un amour qui réjouit son Seigneur et qui lui manquerait s’il n’était pas donné. Et en même temps l’amour relie : le grand commandement donné dimanche passé par Jésus associe amour de Dieu et amour du prochain. La foi chrétienne envisage une grande solidarité de l’humanité, au point de ne pas parler d’une résurrection de chacun à sa mort mais tous ensemble à la fin du temps. Malgré cette attente, déjà la foule des saints voit Dieu tel qu’il est et jouit de cette contemplation (1 Jn 3). Déjà elle aime et acclame son Sauveur, l’Agneau de Dieu qui arrache aux ténèbres ceux qui se confient à lui. Et nous fêtons cette foule des saints dans l’eucharistie, dans le sacrement de l’action de grâce, félicitant Dieu avec eux, disant notre admiration et notre reconnaissance pour l’espérance qui nous est donnée : nous sommes appelés à une vie de lumière et d’amour, malgré les hésitations et les refus de nos vies, malgré l’étroitesse de notre cœur, grâce à Celui qui nous permet les rêves d’amour les plus fous.

Par quel chemin se diriger vers le bonheur du ciel ? Les Béatitudes (Mt 5) constituent des balises pour avancer. Ne craignons pas d’être pauvres et humbles, si c’est pour laisser place à l’amour ; abandonnons tout amour propre et toutes prétentions. Ne craignons pas de pleurer, si c’est parce que nous nous sommes attachés à d’autres ; laissons-là l’isolement protecteur. Ne craignons pas d’être doux dans un monde brutal ; renonçons à toute violence. Ne craignons pas d’être miséricordieux, car c’est le chemin de l’union au cœur de Dieu. Ne craignons pas d’être rejetés si c’est parce que nous ne renonçons pas à notre amour du Christ mais relayons son appel à temps et à contre-temps.

Les Béatitudes ne nous promettent pas un bonheur facile, mais elles nous libèrent de la paralysie si fréquente à notre époque où on a peur de perdre, où on veut laisser toutes les options alléchantes ouvertes en même temps le plus longtemps possible. Ici, rien de tout cela. C’est le chemin du risque, du risque même pas calculé, du risque pris en se basant sur la foi, sur l’espérance et la charité. Le saint est celui qui prend des risques pour aimer, pour se donner d’amour. Et c’est la grâce qui lui permet cela, c’est en comptant sur ce Dieu qui a dit : « heureux les pauvres de cœur, le royaume des cieux est à eux. » Les saints sont les personnes les plus heureuses de la terre. Comme le disait saint Paul : « on nous croit tristes, et nous sommes toujours joyeux ; pauvres, et nous faisons tant de riches ; démunis de tout, et nous possédons tout. » (2 Co 6,9) Seigneur, donne-nous de prendre ce chemin de la sainteté où nous recevons tout de toi !