homélie du 32e dimanche A, 8 novembre 2026
Qui sont ces dix jeunes filles (Mt 25,1-13) ? Dans les mariages juifs elles avaient une mission, celle d’accompagner l’épouse, de manifester son attente, son désir, de faire éclater sa joie. Dans la parabole, l’époux c’est le Christ. Les compagnes de l’épouse-Église, c’est nous.
Qu’est-il arrivé à celles dont les lampes s’éteignent ? Elles ont eu un premier élan, mais comme l’époux tardait elles n’ont pas pu tenir jusqu’au rendez-vous. Est-ce qu’elles ont commencé en se disant qu’il suffisait de se préparer sommairement ? Est-ce qu’elles ont été victimes d’illusion, pensant que ce ne serait qu’une partie de plaisir ? Ou personne ne leur aurait dit que l’Époux pourrait tarder ?
Pauvres de nous : l’Époux, le Christ tarde ! C’est comme ça. Il tarde dans l’histoire. Il tarde dans chacune de nos vies : sa présence sensible nous manque. Il faut s’équiper en conséquence pour ne pas tomber à court d’huile, c’est-à-dire de foi, d’espérance et de charité.
Savez-vous comment on vaccine des gens contre une maladie ? On leur inocule une version affaiblie de la maladie, afin que quand ils la rencontrent vraiment ils soient capables de la rejeter. Il y a toujours le risque de présenter une version affaiblie du christianisme, une version doucereuse, qui parle de l’amour de Dieu mais qui oublie de parler du combat spirituel. On engendre ainsi des chrétiens vite désillusionnés, qui trébuchent dès que Dieu ne répond pas assez vite à leurs attentes légitimes. Ils n’ont connu qu’une version diminuée de la foi, de sorte que rapidement ils croient avoir fait le tour du christianisme et ne pas avoir besoin de se poser la question d’y revenir. N’ont-ils pas été vaccinés contre la foi chrétienne ?
Il ne faut pas présenter une version affaiblie de la vie spirituelle. Un chrétien doit savoir qu’il lui faudra être endurant. Ce n’est pas anormal de traverser des moments de sécheresse où Dieu paraît absent, où il n’y a pas de consolation, comme dans cette nuit où les jeunes filles attendent.
Les jeunes filles prévoyantes se sont armées d’un amour qui peut tenir le coup tout au long des nuits, un amour qui n’a pas peur de se donner de la peine, un amour fidèle coûte que coûte.
Au contraire, les jeunes filles insouciantes se sont dit : j’ai appris que Dieu nous aime, donc ce sera toujours bon assez. Mais voilà qu’elles découvrent qu’un amour cela s’échange. Celui qui nous aime attend notre réponse. Il y a une attente de la part de l’époux ; il ne faudrait pas le décevoir.
Ce que je dis là pourrait générer de l’inquiétude en nous. Il y a une mauvaise inquiétude, diffusée par le démon, qui coupe les jambes, qui décourage, qui fait prendre distance avec Dieu parce qu’on se dit qu’on n’est pas digne de son amour. Mais il y a une bonne inquiétude, plutôt une attention amoureuse, qui pousse à plaire à Dieu, à se bouger pour lui, à se rappeler que pour aimer on n’a que cette heure-ci.
Comme la Sagesse évoquée dans la première lecture (Sg 6,12-16), Dieu cherche sans cesse notre cœur. Il va et vient à la recherche d’un cœur qui veille, qui l’attend. Ce n’est pas la somme de ce que nous pourrons présenter à Dieu qui comptera, mais la qualité d’un cœur qui le désire de plus en plus.
Ce cœur se réjouit d’imaginer la rencontre tant attendue avec son Créateur et Sauveur (1 Th 4,17). Être pour toujours avec Celui qui nous a tant aimés, quelle espérance ! L’Église et ses sacrements nous la rendent certaine. Dieu a tout fait pour nous. Réjouissons-nous et allons de l’avant !

