homélie de la Veillée pascale 2026

Nous venons de nous rappeler que Dieu a créé pour nous un monde immense et beau, et que l’homme, dans ce monde, n’est pas le fruit du hasard mais d’un projet d’amour. Dieu a créé l’homme à sa ressemblance, homme et femme, pour qu’ils puissent le rencontrer et goûter son amour (Gn 1,27). Une fois que le mal a eu fait son chemin dans le monde bon donné par Dieu, les hommes se sont retrouvés adversaires entre eux. Un épisode de cette haine est l’oppression qu’exercèrent les Égyptiens sur les Hébreux, allant jusqu’à faire tuer les garçons à la naissance pour éviter la surpopulation. C’est la peur qui rendit ce peuple si cruel, mais Dieu a pris le parti de son peuple opprimé et il l’a sauvé d’une manière forte et décisive (Ex 14,30).

Ce peuple tant aimé allait-il faire de la volonté de Dieu son trésor ? Au contraire, il servait Dieu quand ça l’arrangeait, et se tournait tout autant vers d’autres bonheurs selon ses envies. N’en faire qu’à sa tête, c’est amusant au début, mais on se lasse vite à ce jeu, et peu à peu le cœur des hommes se coupa de la source de la vie. La Bible parle alors de la colère de Dieu, non pas pour évoquer un dieu en rage, mais pour nous faire comprendre qu’une relation abîmée avec Dieu nous rend seuls et tristes. Devant notre éloignement, Dieu aurait pu dire : qu’ils aillent et suivent leurs vues, tant pis pour eux ! Mais au contraire il poursuit son peuple de son amour, parle de sa tendresse, de sa fidélité à lui, de son alliance (Is 54,10). Et puisque de notre côté nous sommes si instables et parfois paresseux, Dieu dit : « je répandrai sur vous une eau pure, je vous purifierai de toutes vos idoles, je vous donnerai un cœur nouveau et un esprit nouveau » (Ez 36,26).

Mais comment faire cela ? Dieu ne s’autorise pas à vouloir à notre place. Jamais il ne vient changer nos pensées sans notre accord. Pour établir un lien efficace entre lui et nous, il lui fallait venir lui-même vivre notre vie, et spécialement vivre notre vie là où elle était le plus blessée par le mal : quand nous faisons nous-mêmes le mal ou quand nous l’endurons des autres. C’est seulement en venant de ses mains colmater la brèche de nos refus qu’il pourrait nous remplir à nouveau de sa vie.

Nous avons accompagné le Sauveur dans le Jeudi saint et le Vendredi saint, pour être mieux marqués par l’audace de son amour, quand il affronte pour nous la mort à mains nues. Et voilà qu’il a gagné. Les femmes puis les apôtres ont expérimenté que la mort était devenue un passage, et plus un abîme, un gouffre où nous sommes perdus. Quelle joie immense cela a dû être pour Marie-Madeleine et l’autre Marie de se retrouver devant Jésus vivant ! (Mt 28,9)

Ce n’était pas un happy end, qui faisait des événements douloureux de la Passion une page que l’on peut tourner et oublier. La Passion de Jésus et sa résurrection ont été les premières choses que les premiers chrétiens ont racontées et écrites. C’est cela qui leur donnait pleine confiance en l’avenir, même quand celui-ci paraissait menaçant, même quand très tôt ils ont enduré les persécutions. Ils apprenaient que par le baptême ils s’unissaient à la mort du Christ pour ressusciter comme lui (Rm 6,8). Qu’est-ce que cela veut dire, que nous sommes morts avec le Christ ? Cela signifie que désormais la vie sans le Christ ce n’est plus la vie. La vie sans chercher son amour est une distraction ennuyeuse. Nous voulons plutôt nous attacher à lui à la vie et à la mort, coûte que coûte.

Et de fait, le chrétien a beaucoup de combats intérieurs à mener pour marcher dans la fidélité, sans se laisser emporter par la lourdeur de la vie quotidienne, les déceptions — il y en a dans l’Église, car les autres ne sont pas parfaits et nous non plus, mais nous marchons ensemble — ou les distractions qui ne nourrissent pas. Les premiers chrétiens n’ont pas oublié la croix. Vous n’avez pas fini de porter la croix. La vie chrétienne n’est pas une course facile, mais elle nous mène à la joie la plus profonde. Par son amour accueilli, le Christ rend nos vies belles. Il ne nous donne pas la tranquillité, mais il nous donne la victoire. C’est tellement plus grand.