homélie de la fête de la Sainte Trinité, 31 mai 2026

Nous aimons le dire, et c’est la grande originalité du christianisme : Dieu est amour. le peuple juif avait déjà perçu qu’il y a de l’amour en Dieu, comme on vient de le lire en Ex 34 : Dieu se présente comme « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ».

Saint Jean est allé beaucoup plus loin. Non seulement il dit « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique », mais aussi, dans sa première lettre : « Dieu est amour », il est amour en lui-même. Et vous avez entendu saint Paul : il est le « Dieu d’amour et de paix » (2 Co 13,11). Ainsi, ce qui résume le plus les dispositions de Dieu, la vie de Dieu, les pensées de Dieu, la consistance de son être même, c’est « amour ».

Or, nous avons hérité des Juifs la conviction que Dieu est unique ; il n’y a qu’un seul Dieu. Comment alors peut-il être amour ? Grâce à nous ? Si c’est le cas, nous serions nécessaires pour que Dieu soit lui-même. Il y a là une incohérence ; si je dis à quelqu’un que j’ai besoin de l’aimer pour exister, qu’est-ce que c’est ? Ce n’est plus de l’amour.

Si « Dieu est amour », il faut qu’il soit amour en lui-même, et que donc il ne soit pas seul. Pourtant pourtant il est unique. C’est pourquoi nous devons admettre qu’ils soient plusieurs dans le Dieu unique. C’est le mystère de la Trinité. Trois sont en Dieu, disaient les anciens. Mais il n’y a pas 3 dieux. Comment cela est-il imaginable ? En Dieu il y a le Père, qui est la source. Il y a le Fils, qui n’existe que de ce que le Père lui donne, qui accepte de dépendre intégralement. Le Père est le don. Le Fils est l’accueil. Et leur amour mutuel est si grand qu’il vit par lui-même, c’est l’Esprit d’amour du Père et du Fils, l’Esprit Saint. Ces trois n’existent pas l’un sans l’autre, ils sont constitutivement Un, ils forment un seul Dieu.

Ainsi Dieu peut être l’amour en lui-même. Alors il peut nous aimer vraiment gratuitement, nous ne sommes pas des marionnettes nécessaires à son bonheur. Il ne nous dit pas « aime-moi ! » parce qu’il en aurait besoin pour lui ; s’il nous le dit, c’est en notre faveur.

Dieu est comblé en lui-même, mais il nous a créés à son image, de sorte que nous ne nous réalisons nous-mêmes que dans l’amour. Il y a un piège de croire que nous pourrions nous réaliser ailleurs, tentation d’autant plus grande si nous avons été blessés dans l’amour. On imagine qu’on se réaliserait dans toutes sortes d’autres activités, sport, musique, travail, voyages, luxe, nourriture, boisson, plaisirs. Ce sont des choses qui ne sont pas mauvaises en soi, mais qui le deviennent quand elles absorbent notre capacité d’aimer, quand notre cœur y est tout englué. À ce moment-là, Dieu ne reçoit plus notre amour, alors que l’aimer c’est notre respiration et notre sourire intérieur. Notre prochain ne reçoit plus notre amour, alors qu’il en a besoin pour oser croire à l’amour, et que nous aussi nous en avons besoin pour progresser dans la joie d’aimer.

En cette fête de la Trinité nous redécouvrons que Dieu est amour, que tout existe par amour, et que nous devenons vraiment vivants à mesure que nous aimons.