homélie du 14e dimanche A, 5 juillet 2026
Le Christ se présente aujourd’hui comme doux et humble de cœur. Lorsque nous regardons tout ce qui ne va pas dans le monde, cela peut sembler décevant à première vue, tandis que nous espérons que Dieu poigne dans le mal comme il le faisait autrefois.
Notre Père du ciel déteste le mal, car en faisant le mal nous nous blessons les uns les autres, nous détruisons son œuvre, nous décourageons les petits et nous nous faisons du mal à nous-mêmes. Dieu a montré la gravité de cela en punissant les avides, les indifférents, les menteurs, les traîtres. Lorsque vous lisez l’Ancien Testament, vous voyez comment Dieu s’oppose à toutes les attitudes injustes, méprisantes, égoïstes, impies. C’était heureux de montrer que le mal n’aurait pas le dernier mot, car tant de fois le faible, l’exploité, le trahi crie vers Dieu en disant : que fais-tu, ne vois-tu pas ?
Mais cela ne pouvait pas être le dernier mot pour le Dieu qui aime tant l’humanité, qui voudrait qu’aucun homme ne soit perdu. Depuis longtemps il avait donné le cadre : par le prophète Zacharie (Za 9), vers 500 ACN, il annonce un roi juste et victorieux, qui vient avec douceur, monté sur un ânon. Malgré sa douceur — mais ne peut-on pas dire grâce à elle ? — il brisera l’arc de guerre, il dominera les puissants.
Jésus annonce qu’il est dans cette lignée, lui qui ne peut être connu que par les tout-petits, lui qui donnera le repos à tous les accablés parce qu’il est doux et humble de cœur (Mt 11, 25-30). Mais cette douceur ne doit pas nous faire penser que le problème du mal s’est adouci. Au contraire, Jésus aura des opposants très durs, des gens qui à sa douceur opposeront des projets de mort. C’est que le mal reste le mal, oppresseur, destructeur, méprisant.
Et Dieu continue de s’opposer au mal, mais plus en risquant d’anéantir le pécheur. Alors le Doux prend sur lui toute la dureté ; l’humble vient noyer dans son cœur toute l’arrogance. Jésus prend sur lui le péché et sur la croix il absorbe tout ce que le péché détruit.
La semaine passée il nous invitait à porter notre croix à sa suite ; aujourd’hui il nous dit qu’il donnera le repos à notre âme. Cela n’est pas contradictoire. Lorsque nous savons que les épreuves que nous endurons sont la croix que nous portons à la suite de Jésus qui nous a tant aimés, nous ne sommes plus désorientés ni terrassés. Notre cœur peut trouver le repos à l’abri de l’amour de Dieu. Nous ne sommes pas perdus, nous ne devons pas craindre d’aller vers le néant, même lorsque nous perdons beaucoup de ce que les hommes estiment indispensable à la vie. Nous, nous savons que notre trésor est indestructible et qu’à la fin le Seigneur aura le dernier mot.
Il me semble que c’est ce qui anime notre cher pape Léon XIV, lorsqu’il va vers les puissants de ce monde avec un langage franc et doux, un langage qui avertit sans condamner, qui secoue sans accabler. Nous pourrions nous dire que ce n’est pas ainsi que le monde changera, qu’il faut la force d’un bras de fer. Staline avait dit : « le pape ? Combien de divisions ? » Mais nous pouvons aussi regarder tout ce que les puissants ont détruit et tout ce que l’Église a construit. Nous savons qu’avec Dieu le peu d’amour que nous répandons autour de nous, surtout au milieu de l’incompréhension, portera un fuit durable.
Nous savons que nous nous plaçons dans la lignée des premiers martyrs qui, à Rome et ailleurs dans le monde antique, ont trouvé la lumière et la joie en donnant leur vie. Qu’est-ce qui compte, sinon d’être vraiment vivant ? Que le Seigneur vous fasse sentir toute la vie qu’il vous donne, parce qu’il vous aime et que vous vous approchez de son cœur.

