homélie de Pâques 2021

fronton de St-Jean de Latran Comment allons-nous prendre la mesure de cet événement qui est le plus déterminant de toute l’histoire humaine : le Christ est ressuscité ? Il y a eu beaucoup d’interprétation de l’événement qui, tout en essayant de le faire comprendre aux gens d’aujourd’hui, l’ont en réalité minimisé. On a pu en faire une loi de la nature, comme on remarque que tout revit en ce printemps. On a pu en faire une loi de la psychologie, selon laquelle c’est dans le cœur des disciples que Jésus serait ressuscité, lorsqu’ils auraient découvert que son souvenir et son enseignement étaient toujours bien présent en eux. Tout cela est plausible, mais fait perdre à la résurrection du Christ son caractère puissant et bouleversant qui a conduit les apôtres à tout risquer pour leur Seigneur, eux qui jusqu’alors cherchaient à faire réussir leur entreprise d’une façon humaine. Or c’est vraiment d’une façon divine que l’Église a commencé à rayonner, c’est-à-dire dans la foi qui est victorieuse des persécutions, des injures, des menaces, et ceci pendant 3 siècles — nous l’oublions trop facilement — et aujourd’hui encore c’est au milieu de mille répressions que l’Évangile progresse au Vietnam, en Chine, en Inde, au Pakistan ou ailleurs.

homélie du 5e dimanche de carême, 21 mars 2021

passage étroit Aujourd’hui le Seigneur veut nous parler de la nouvelle alliance qu’il rêve de nous offrir. À quoi ressemble l’alliance avec Dieu? Comment le dire alors que nous sommes bien incapables d’imaginer Dieu? Lui-même nous en donne une idée, que je crois pouvoir résumer d’un mot : intimité. Cette intimité entre l’homme et Dieu est faite d’une adhésion intime de notre cœur à la volonté et au cœur de Dieu : «j’inscrirai ma Loi sur leur cœur», dit-il (Jr 31,33). «Tous me connaîtront»… «Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple». Voilà ce dont rêve Dieu : une intimité vivante avec nous, où nous le choisissons de tout notre cœur autant qu’il nous a choisis. Par cette intimité, sa vie coule en nous et irrigue les parties les plus arides de notre être. Par cette intimité, une joie du ciel nous est donnée, qui baigne notre cœur d’espérance et de lumière. Nous traversons les difficultés de la vie en disant : le Seigneur est pour moi, qui sera contre moi? Par cette intimité, nous apprenons jour après jour à devenir le peuple de Dieu, son Église bien-aimée.

homélie du 4e dimanche de carême, 14 mars 2021

Conques, intérieur Jadis, Babylone, pour tuer toute contestation dans l’œuf au royaume juif, avait supprimé le culte du Seigneur dans le temple de Jérusalem et détruit ce temple (2 Chr 36). Puis vient Cyrus, qui compte sur la prière des peuples de son empire, car l’activité religieuse lui est précieuse. Il envoie les juifs restaurer le culte du temple, car les célébrations ne sont pas pour lui quelque chose que l’on peut suspendre à sa guise. C’est bien différent de notre culture, où les célébrations sont devenues un divertissement comme un autre, que certains pratiquent tandis que d’autres aimeraient faire du fitness ou aller au théâtre. Même dans l’Église aujourd’hui, et a fortiori en dehors, beaucoup considèrent que la vie avec Dieu c’est comme lire un bon livre, on peut très bien le faire à la maison, et on n’aurait besoin des célébrations que pour se donner un peu de courage. Alors, accepter la situation actuelle de confinement des cultes reviendrait à faire preuve d’un peu de patience et de solidarité.

homélie du 3e dimanche de carême, 7 mars 2021

côté sombre, côté clair Nous sommes tant aimés ! Cela vaut la peine de s’arrêter parfois pour essayer de réaliser l’amour de Dieu pour nous. Prenons 30″ maintenant, pour considérer cette réalité : je suis tant aimé, je compte tant pour Dieu… Une fois que l’on essaie de s’imaginer cela, surgit une question : « mais alors, comment est-ce que je peux répondre à cet amour ? » C’est à cela que Dieu a voulu nous disposer, c’est pour cela qu’il a voulu nous sauver : nous rendre capable de répondre à son amour posé sur nous, afin que cet amour ne tourne pas dans notre âme en reproche (j’ai été tant aimé et je l’ai ignoré) ou en découragement (jamais je ne pourrai rendre l’amour que j’ai gaspillé). Oui, être tant aimés, c’est assez inquiétant pour les pécheurs que nous sommes, car comment paraître face à un Dieu que nous avons si peu pris au sérieux ?

homélie du 2e dimanche de carême, 28 février 2021

Irlande Le récit du sacrifice d’Isaac nous scandalise toujours un peu : comment Dieu pouvait-il demander une chose pareille ? Nous avons raison, c’est énorme. D’autant plus que la Révélation de Dieu s’est posée en désaccord avec les pratiques locales, notamment des Phéniciens, qui pratiquaient des sacrifices d’enfants. Si ce récit est si choquant, c’est que cela doit nous apprendre quelque chose d’énorme. Abraham avait attendu 25 ans que se réalise la promesse d’avoir un fils. Pendant 25 ans il avait marché avec Dieu sans voir ce que Dieu avait promis. Marché dans la foi sans résultat apparent. Et voilà que le fils enfin obtenu, il faudrait le sacrifier à Dieu. Abraham aurait tellement pu dire : ah non, maintenant je le garde hein ! Mais non, il obéit à Dieu, c’est-à-dire qu’il l’écoute avec confiance. Et ensuite il apprend qu’il en est doublement béni.

homélie du 1er dimanche de carême, 21 février 2021

Admirez ce beau pli! En commençant ce carême, nous méditons une nouvelle fois sur le combat que le Christ mène pour ramener le cœur de l’humanité, de chaque être humain, à Dieu. Puisque Dieu nous veut libre il ne serait pas convenable qu’il nous ramène à lui d’un coup de baguette magique. L’homme est « père de ses actes », il est l’auteur authentique de ce qu’il veut faire. Ce ne serait donc pas juste que Dieu efface nos péchés, pur produit de notre volonté, d’un coup d’éponge. Agir ainsi serait tenir notre liberté pour une parenthèse irréelle, et nos actes pour des pacotilles, des égratignures sur le monde, alors que l’injustice sociale planétaire ou les désastres écologiques montrent bien l’impact de nos choix — et encore, ce n’en est que la partie visible, semblable à la partie émergée de l’iceberg. Si Dieu agissait ainsi, notre volonté ne serait pour lui qu’une vague gesticulation. Notre intériorité ne serait qu’un décor, et en réalité nous serions pour lui des objets qu’il récupérerait comme un joueur de billes récupère ses billes. Les gens qui pensent que Dieu peut nous pardonner comme ça d’une simple déclaration ne prennent pas au sérieux la liberté qu’il leur a donnée.

homélie du 5e dimanche B, 7 février 2021

éclipse de Lune Lorsque quelqu’un est frappé par une grave maladie, sa vie devient lourde à porter. Son horizon se bouche. Le découragement est tapis à la porte de son cœur. Bien des gens, dans les hôpitaux ou à la maison, pourraient dire comme Job : « depuis des mois je n’ai en partage que le néant,
je ne compte que des nuits de souffrance. » (Jb 7,3) Cette situation est usante, et la foi est en péril. Le mal qui s’est introduit dans le monde fait que l’homme doute plus facilement de Dieu. La souffrance est une grande menace pour l’homme et elle peut même le détruire intérieurement davantage qu’extérieurement, en le remplissant d’amertume et de révolte.

homélie de la fête de la Chandeleur 2021

Voilà quelque chose que je souhaitais dire depuis longtemps. Les lectures de la fête se trouve sur le site de l’AELF. La première lecture au choix était la lettre aux Hébreux : « Jésus, par sa mort, a pu réduire à l’impuissance celui qui possédait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable, et il a rendu libres tous ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves. »

homélie du 4e dimanche ordinaire, 31 janvier 2021

attente L’activité de Jésus, dont nous parle les évangiles, a lieu dans un contexte d’attente messianique. Le peuple hébreu est un peuple qui attend un messie, un envoyé spécial de Dieu. Le texte entendu en 1re lecture (Dt 18) annonce qu’un prophète comme Moïse est promis par Dieu. Cette prophétie, avec plusieurs autres d’Isaïe, de Jérémie, d’Ézéchiel, entretenait une attente de plus en plus forte en Israël. Dans le livre du prophète Daniel, au chapitre 9, on évoque un temps de 70 semaines pour la venue d’un messie. Certains avaient déduit de ce chiffre énigmatique que ce temps correspondait aux années précédant Jésus. C’est ainsi que saint Luc peut dire qu’au moment du baptême de Jésus « le peuple était dans l’attente » (Lc 3,15). Quand le prophète tel que Moïse viendra-t-il ? Bien des gens simples, des « pauvres de cœur » avaient les yeux tournés vers la venue du Messie et étaient plus ou moins prêts à l’accueillir.

homélie du 3e dimanche ordinaire, 24 janvier 2021

fenêtre Qu’est-ce que Jésus a à dire aux gens ? « Les temps sont accomplis : le Royaume de Dieu s’est approché. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ! » Voilà le cadre pour comprendre tout ce qu’il dira et tout ce qu’il fera : avec lui nous vivons un basculement, un temps nouveau comme il n’y en a jamais eu. Ce qui caractérise ce temps c’est que le Royaume de Dieu s’est approché. La présence de Dieu est devenue accessible et nous pouvons lui faire confiance sans mesure ; nous pouvons respirer l’atmosphère du cœur de Dieu et vivre de son amour. Tout cela nous est offert, il n’y a qu’à tendre les mains en nous convertissant et en croyant à l’Évangile.

homélie du 2e dimanche ordinaire, 17 janvier 2021

Semur-en-Auxois Avec vous je voudrais méditer sur le fait que Dieu appelle. Nous le voyons appeler Samuel. Il l’appelle et lui confie une mission (malheureusement, cette partie n’est pas lue à la messe). Le Christ, le Fils de Dieu, appelle lui aussi. Aujourd’hui il appelle Pierre, après avoir invité André et Jean à venir expérimenter la vie avec lui : « venez et vous verrez ». On peut dire que si Dieu appelle, cela signifie qu’il compte sur nous, et il compte sur nous parce que nous comptons pour lui.