homélie du 25e dimanche A, 20 septembre 2026
On a ce qu’on mérite », dit-on. Ce n’est pas une idée si mauvaise… Cela nous permet de travailler dur, de faire des efforts, d’obtenir bien des choses. À écouter l’Évangile, il semblerait qu’on peut avoir la même chose sans effort. Si c’est cela, c’est injuste. Et cela récompense la paresse, le laisser-aller. En matière de vie de foi, cela n’encourage-t-il pas les gens à ne pas se bouger pour Dieu, à attendre le dernier moment pour lui faire un coucou avant de fermer l’œil pour la dernière fois ?
« Mes pensées ne sont pas vos pensées », dit le Seigneur (Is 55,8).
Si nous regardons la vie et les promesses de Dieu sous l’angle du calcul, nous ne trouverons jamais la solution. Sans compter que la vie elle-même est injuste, que les épreuves frappent très différemment les personnes, que tout le monde n’a pas la même charge à porter. Rien n’est juste à la mesure humaine.
« Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes pensées, au-dessus de vos pensées », dit le Seigneur. Et même, il dit : « mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins ». Cela nous pousse à ne pas chercher à tout comprendre pour avancer. “Je ne comprends pas tes pensées, Seigneur, mais je sais que tu as un chemin pour moi” ; voilà la devise du disciple, de celui qui accueille l’appel du Christ, qui l’entend dire : « Suis-moi ! »
Alors, comment fonctionne la logique de Dieu ? Il faut dire qu’elle nous dépasse, mais en même temps Dieu se révèle, il ne nous laisse pas dans les ténèbres de l’ignorance, il ne nous dit pas : “crois parce que c’est absurde”. L’intelligence, c’est lui qui nous l’a donnée, non seulement pour mener notre vie terrestre intelligemment, mais aussi pour comprendre et goûter sa sagesse. Quelle est donc cette sagesse ?
Pour la comprendre, il nous faut prendre la mesure de la mise en scène qui inaugure la remise du salaire dans la parabole de Jésus. Le maître de la vigne c’est Dieu, le salaire d’une journée c’est le salaire d’une vie, c’est l’entrée dans le Royaume du Père. Pour remettre ce salaire, le maître veut faire voir à ceux qui ont peiné toute la journée qu’il donne la même chose à ceux qui n’ont fait qu’une heure. Non pas pour exciter leur jalousie — bien que, vous l’avez entendu, ça ne manque pas —, mais pour révéler les dispositions de son cœur, qu’il décrit ainsi : « je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? » (Mt 20,14)
Autrement dit, aux hommes dont la vie est esquintée par les attaques de l’ennemi, à ceux qui peinent dans les efforts comme à ceux qui peinent de rester au bord de la route, Dieu veut tout donner, sans limite, sans compter, sans restreindre sa générosité. Une seule chose leur est nécessaire : aller à sa vigne, répondre à son appel au moment où ils l’entendent. Au sujet des ouvriers de la dernière heure, il n’est pas question de ceux qui auraient dit au maître : “on ne veut pas prendre de la peine, il fait trop chaud, les efforts pour toi ça ne nous dit rien”. Il est question de ceux qui n’ont fait qu’une heure parce que personne ne les a embauchés, parce que personne ne leur a présenté l’amour de Dieu et la manière d’y répondre.
Finalement, que nous faut-il faire ? Apprendre à regarder les gens autour de nous avec le désir de Dieu, son désir de leur partager ses biens parce qu’ils sont allés travailler à sa vigne, qu’ils se sont mis à travailler sur eux-mêmes pour lui ouvrir leur cœur, leur vie, leurs décisions. Regarder tout ce monde avec un vrai désir qu’ils connaissent le Seigneur, mais sans inquiétude sur l’heure à laquelle ils le connaîtront. Pourtant, au plus tôt au mieux, car si c’est parfois dur d’endurer le poids du jour dans la vigne du Seigneur, dans l’Église, à essayer d’observer ses commandements, c’est encore plus dur d’être là sans connaître le but de sa vie, à devoir vivre de petits bonheurs alors que nous sommes faits pour le grand bonheur qui dépasse tout.

