homélie de la Toussaint 2026

Aujourd’hui, au milieu des détresses de ce monde et des difficultés de nos vies, nous tournons nos regards vers la joie du Ciel. Non pas comme celui qui prend un anesthésiant ou de la drogue, mais comme un bout de fer qui se laisse attirer par un aimant. Quand le Fils de Dieu vient dans le monde, ses disciples croient d’abord qu’il va établir un royaume terrestre et assurer la justice et la paix pour tous dès maintenant… et pourquoi pas la santé. Mais lui parle d’une récompense qui est grande dans les Cieux et qui doit nous permettre de nous réjouir dès maintenant.

Quelle est cette joie des Béatitudes ? Celle à laquelle sont sensibles de plus en plus de jeunes aujourd’hui : savoir que notre vie a un sens, et que nous sommes voulus, choisis et attendus. Dans nos relations humaines nous pouvons parfois faire l’expérience de cela, et c’est tant mieux si cela arrive, mais dans la foi nous pouvons vivre une assurance plus forte encore : nous sommes enfants de Dieu, appelés par lui à plonger notre regard dans le sien, et, en le voyant tel qu’il est, à être tout transformés à son image dans un amour indicible. (1 Jn 3,2)

Cette joie sera encore plus débordante quand nous la partagerons avec les autres enfants de Dieu. Comme nous, ils auront pris le chemin de l’Évangile, et nous vivrons donc avec des gens qui ont un cœur de pauvre, plutôt qu’avec des orgueilleux, des râleurs, des mal-contents, des méprisants… Quel bonheur de vivre avec des gens qui cherchent à promouvoir l’autre plutôt qu’eux-mêmes ! Nous vivrons avec des doux, avec des miséricordieux qui ne font pas la liste de leurs griefs envers nous mais nous accueillent avec un grand cœur. Avec des personnes sensibles qui osent pleurer du mal qui frappe l’homme. Avec des pacifiques. Avec des amoureux de la justice — non pas seulement la justice sociale, mais aussi celle qui concerne Dieu : que Dieu soit honoré comme il convient, et le prochain servi comme il convient ! Nous vivrons avec des gens qui ont tant aimé le Seigneur qu’ils n’ont pas craint les insultes ou la persécution. Bref, quel paradis partagé avec de tels frères et sœurs, à contempler l’auteur de toute beauté, de toute joie, de tout amour !

Cette joie, nous commençons à l’entrevoir par l’Esprit Saint, et elle nous fortifie intérieurement, elle nous rend capables de traverser les épreuves, de marcher dans une fidélité exigeante, de donner vraiment notre vie. Bref, elle nous permet de changer le monde et de devenir des porteurs d’avenir.

Vous me direz : et pour tous ceux qui ne sont pas comme le dit Jésus, qui n’étaient pas pauvres de cœur, doux, au cœur pur, persévérant, etc. Qu’y aura-t-il pour eux ? C’est pour eux que la méditation de l’Église, a partir des indications de l’Écriture qui parlent d’une purification possible après la mort, a imaginé qu’il y avait un Purgatoire : un lieu où l’âme trop tournée vers elle-même apprend à s’ouvrir, à devenir généreuse, à entrer dans le pardon et la louange. Voilà pourquoi nous prions pour nos morts, afin de les soutenir dans ce processus de transformation qui introduit à la vie du ciel.

Quand l’Apocalypse parle de ceux qui « viennent de la grande épreuve » et « ont blanchi leur robe par le sang de l’Agneau » (Ap 7,14), nous reconnaissons les martyrs et les saints, mais pourquoi pas aussi ceux qui ont accepté après leur mort cette purification.

Car enfin, c’est le Seigneur qui donne la sainteté. Le saint fait des efforts pour se corriger, pour devenir plus aimant et plus persévérant, mais ce ne sont pas ses efforts qui lui donnent la sainteté. Le saint n’est pas celui qui est irréprochable, mais celui qui se laisse purifier par Dieu. Plus déterminant que les efforts que nous faisons, ce sont les efforts que Dieu fait qui changent la donne. Ce qui nous rend saints, c’est d’accueillir sa miséricorde, c’est de se laisser animer par lui. Lui seul est capable de nous rendre purs, de redonner à notre âme sa beauté, son ardeur à aimer. En cette fête de tous les saints, désirons à notre tour être saints dès aujourd’hui : désirons que Dieu nous transforme par son amour. Ainsi nous irons de l’avant, nous serons témoins de l’espérance que Dieu met en nous en nous ouvrant le paradis.