homélie de la fête du Saint-Sacrement, 7 juin 2026
« L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur » (Dt 8,3). Cette phrase du livre du Deutéronome est célèbre, Jésus l’évoque après son jeûne au désert pour écarter la tentation de transformer les pierres en pain. Mais aujourd’hui elle m’a surpris par son contexte : Moïse ne fait pas allusion au jeûne, mais à la façon dont Dieu a nourri son peuple au désert avec la manne. La manne est donc un aliment qui nourrit différemment du pain. Elle nourrit à cause de la promesse proférée par le Seigneur. Voici un aliment qui demande une parole de Dieu. Elle préfigure bien l’eucharistie, ce pain dont Jésus dit qu’il donne la vie éternelle (Jn 6,58).
Si l’eucharistie donne la vie éternelle, ce n’est pas par une sorte de vertu magique, mais en raison de la parole qui est dite sur le pain. C’est un pain dont Jésus dit : « ceci est mon corps, livré pour vous ». Voilà la parole de Dieu qui change tout ! Elle rend présent toute la puissance d’amour du Christ, elle rend présent le Christ lui-même, parce qu’il se livre pour nous, par amour.
Dans la ligne de la Pâque juive, nous regardons l’eucharistie comme un mémorial. Le mémorial, dans la pensée biblique, ce n’est pas seulement ce qui permet de se souvenir, mais aussi de revivre la puissance de l’événement rappelé. L’eucharistie est mémorial de la passion et de la résurrection du Seigneur parce qu’en elle nous revivons ce que le Christ a fait pour nous ; en elle le Christ se donne à nouveau à nous et pour nous. Le prêtre dit la parole du Christ et en même temps il en est l’auditeur. Il ne dit pas cette parole comme un acteur, qui regarderait l’assemblée dans les yeux en brandissant l’hostie. La liturgie prévoit qu’il s’incline un peu, car à la fois il prononce la parole transformatrice du Christ et il entend lui-même le Christ la prononcer et la réaliser. C’est le Seigneur qui agit là pour nous.
Dans l’eucharistie il y a tout l’élan d’amour du cœur du Christ vers nous. À cet élan il faut une réponse convenable. Pouvons-nous répondre à cet amour, nous qui sommes pécheurs, distraits, indifférents ? Nous pouvons répondre à cet amour parce que le Christ nous donne de le faire. C’est pourquoi nous disons si souvent dans la messe « Seigneur, prends pitié ! » Ce n’est pas une façon de s’autoflageller, mais cela exprime la réalité : Seigneur, donne-nous de répondre à ton amour par un amour qui te plaise, un amour qui vienne du fond de notre cœur, un amour tout disposé à écouter ta parole et à la mettre en pratique dans toute notre vie !
Ainsi nous nous laissons entraîner par cet échange d’amour, et la vie divine entre en nous. Nous vivons par le Christ, comme lui-même vit par le Père. La vie éternelle s’infiltre déjà dans notre vie et de plus en plus elle transforme nos priorités, nos façons de réagir, nos capacités intérieures. Que le Seigneur nous apprenne à l’aimer de plus en plus intensément, à nous laisser bouleverser par ce don d’amour, son corps livré pour nous qui est là dans nos mains, par amour ! Qu’il nous pardonne toutes nos communions distraites et nous aide à nous ressaisir afin de vivre ! Il veut tant nous donner !

