homélie du 2e dimanche de carême, 1er mars 2026
L’événement raconté par l’évangile d’aujourd’hui nous permet d’aller au-devant de cette objection si souvent entendue : s’il y a vraiment un Dieu, il ne devrait pas y avoir le mal. Aujourd’hui quelques apôtres assistent au dévoilement de la grandeur de Jésus. Ils voient clairement que celui qu’ils suivent depuis 2 ans est de rang divin, qu’il n’a pas d’égal dans l’histoire des hommes, qu’il dépasse tout. Mais pour comprendre la portée de ce qui se passe, il faut dégager le contexte de l’événement.
Depuis deux ans, les apôtres ont vu en Jésus Dieu qui fait reculer le mal : ils ont assisté à des guérisons incroyables, et même à une ou deux résurrection des morts ; ils ont entendu une sagesse exceptionnelle, qui éclaire merveilleusement le sens de la vie. Maintenant ils vont devoir progresser dans la foi : voir en Jésus Dieu qui remporte la victoire sur le mal, non pas selon les vues humaines, mais selon les projets du Dieu sauveur.
Jésus vient d’annoncer sa passion et sa mort, ainsi que sa résurrection. Pierre lui a répondu : « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas ». Et Jésus l’a repris d’un cinglant : « Passe derrière moi, satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes. »
Maintenant nous savons d’où vient la pensée que la proximité de Dieu devrait nous épargner la souffrance. Elle ne vient pas de Dieu. Au contraire, le Fils de Dieu va au-devant de la souffrance et il nous invite à porter notre croix à sa suite. Pourtant, il n’y a pas de dolorisme là-dedans, pas de fascination pour la souffrance. L’évangile de la Transfiguration enseigne que la souffrance n’est pas notre horizon. L’horizon vers lequel nous marchons, c’est la lumière. Ce que nous voulons regarder sans cesse, c’est la joie promise par Dieu. Cette constance dans le regard, dans l’objectif de nos vies, nous libère du découragement, du repli sur soi, de l’amertume. Nous savons où nous allons : vers la gloire, la joie, la lumière du Ciel, du Royaume de Dieu.
La Transfiguration aidera les apôtres à ne pas se sentir complètement abandonnés aux heures de la passion du Christ. Encore qu’il leur faudra du temps pour se le rappeler. La Transfiguration aidera aussi peut-être le Christ lui-même à affronter l’échec apparent de sa passion, de sa crucifixion et de sa mort. Aujourd’hui, le témoignage de la Transfiguration nous aide à ne pas être désorientés face au mal. Dieu est là dans notre vie, quoi qu’il nous arrive, si nous le regardons et l’écoutons, comme a dit la voix du Père depuis la nuée. Écouter le Christ, mettre sa parole en pratique de plus en plus dans nos vies, vivre allègrement la conversion, cela nous apporte l’assurance que nous évoluons en présence du Fils bien-aimé du Père, que nous sommes à l’abri de son cœur, que nous sommes en Dieu. C’est comme cela que la promesse de vie se réalise pour nous, par ce lien vital entre Dieu et nous. Depuis Abraham, l’Écriture ne nous parle pas d’une promesse de vie mondaine, ni même du bonheur de l’honnête citoyen, mais elle nous annonce une joie bien plus large et indestructible. Et cette joie commence aujourd’hui pour celui qui veille à vivre en Dieu.

