homélie du 2e dimanche C, 16 janvier 2022

Croix au Mont Saint-Jean (Morvan) En ces lendemains de Noël, alors que nous assistons au début de la vie publique de Jésus, nous voilà au bon moment pour nous demander ce que la foi chrétienne change à la vie humaine. Qu’est-ce que Jésus le Fils de Dieu est venu apporter de si neuf ? Si je voulais donner une direction générale à mon propos, je dirais qu’il offre un rapport nouveau avec l’Être supérieur que l’on appelle Dieu.

homélie du baptême du Seigneur, Igny, 9 janvier 2021

Igny, clocher Le prophète Isaïe suscite l’espérance d’une grande consolation qui viendrait d’en-haut, l’espérance de ce genre de consolation dont nous sentons bien le besoin aujourd’hui encore. De loin, Isaïe annonce la joie d’une intimité retrouvée avec Dieu — en effet, il ne sera plus question de nos fautes, dit-il, plus question de ces obstacles que nous avons mis nous-mêmes entre le cœur de Dieu et le nôtre. Cette intimité espérée, c’est Dieu qui la rétablira : « voici votre Dieu ! », demande-t-il d’annoncer (Is 40,9). Et il se présente comme un berger qui porte les agneaux sur son cœur. Nous qui avons le cœur tout abîmé par les confinements, les peurs et les décisions qu’elles motivent parfois, cela nous parle bien, cette annonce de Dieu qui vient à nous, qui nous tend son cœur, qui veut nous porter sur son cœur. Mais aussitôt nous demandons : quand ? Quand cela aura-t-il lieu ? Comment cela se fera-t-il ?

homélie pour la fête de la Sainte-Famille 2021

éclipse de mars 2015 Aujourd’hui l’Écriture nous montre l’importance sociale et historique de quelques familles qui se confient à Dieu. Il y a d’abord la famille d’Elcana et de ses deux épouses, Peninna et Anne. Avec Peninna, Elcana a de nombreux enfants, mais avec Anne aucun. Cette grande épreuve pour Anne la conduit à prier Dieu avec persévérance, et finalement naît un petit gars qui s’avérera être le grand prophète Samuel. La famille d’Elcana et Anne est bien consciente qu’on ne produit pas soi-même le don de la vie, comme on s’est mis à le faire de nos jours. Bien sûr, la vie humaine est toujours digne, quelles que soient ses origines. Mais Elcana et Anne apprennent la grandeur de s’ouvrir à Dieu et de compter sur lui et, finalement, de pouvoir lui consacrer leur enfant qui depuis toujours n’est pas leur enfant mais qui appartient à Dieu. C’est ainsi qu’il faudrait regarder tout enfant, et même évaluer tout projet d’enfant. Ah, quel bonheur pour les enfants d’aujourd’hui si on les regardait comme appartenant à Dieu ! Ils ne risqueraient plus de devenir des enfants-rois ni des enfants au service de nos désirs d’adultes. Ils apprendraient à être des fils de Dieu.

homélie du 4e dimanche de l’Avent, 19 décembre 2021

ouverture, Cicalpa Vieja, Équateur Marie et Élisabeth font partie de ces personnes au cœur humble qui comptaient sur l’action de Dieu — elles pensaient que Dieu agit vraiment — et elles espéraient voir une intervention décisive de la part de Dieu. Il y avait eu la promesse de plusieurs prophètes : Isaïe, Michée, Daniel, les psaumes eux-mêmes qui parlaient d’un temps où la désolation laisserait place à la consolation, un temps où la bonté de Dieu et sa puissance seraient manifestes. Marie et Élisabeth attendaient cela.

homélie du 3e dimanche de l’Avent C, 12 décembre 2021

Beara (Irl.) La joie est le bien le plus précieux de notre cœur. Si nous pouvons dire « je suis dans la joie », que demander de plus ? Mais qu’est-ce que la joie ? Nous pouvons être dans la joie quand nous réussissons quelque chose. C’est très agréable. Mais c’est une joie fragile. Ne la boudons pas quand elle arrive, mais n’y mettons pas notre cœur, sinon nous serions emportés par les revers et les contrariétés. Il en va de même de la joie que nous éprouvons quand nous obtenons quelque chose de très désiré. C’est bien, mais ce serait mieux que même dans le manque nous soyons dans la joie.

Certains courants philosophiques ou religieux nous invitent à trouver du contentement dans la réduction de nos attentes par rapport à la vie, aux autres, à nous-mêmes. N’ayant plus tellement d’attentes, nous n’éprouvons plus tellement de souffrance, puisque plus rien ne nous déçoit. Et ainsi nous trouvons une certaine paix. Mais cette tranquillité intérieure n’est plus la joie.

homélie du 32e dimanche B, 7 novembre 2021

enfants près de Cicalpa Vieja, Équateur Comment cette pauvre veuve a-t-elle osé mettre tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre, dans le trésor du temple ? Je suis édifié par cette confiance totale en Dieu. Car il me semble que c’est comme si elle disait : je donne tout ce que j’ai pour le Seigneur et lui se chargera de moi. Jésus avait fustigé l’attitude des pharisiens, qui cherchent à donner une image honorable, mais en réalité dévorent les biens des veuves. Ces gens montrent que l’amour de l’argent conduit à des comportements incroyablement mauvais. Leur vie est le témoignage du pouvoir asservissant de l’argent, qui pousse ceux qui le cherchent à l’adorer et le servir comme un dieu. Ces riches sont esclaves alors qu’ils pensent avoir réussi. Il y en a tant aujourd’hui qui le sont ou qui désirent être ainsi.

homélie de la Toussaint 2021

Saint Ignace, Rome Prenons un peu de temps pour imaginer le bonheur du paradis. Quand on part en voyage, on se renseigne sur la destination, pour bien se préparer et ne pas manquer de l’essentiel. Qu’est-ce que nous ferions sans crème solaire au Maroc ou sans gros pull en Laponie ? C’est étrange que pour le voyage le plus important de notre vie, la plupart des gens se disent : on verra bien ! Vous me répondrez : comment peut-on savoir ce que sera le paradis ? Personne n’en est revenu pour en écrire un guide ? Est-ce si sûr, lorsque Jésus dit « si vous ne croyez pas quand je vous dis les choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous dirai les choses du ciel ? » (Jn 3,12). Lui, il les connaît. Lui, le seul, il vient d’auprès de Dieu.

homélie du 30e dimanche B, 24 octobre 2021

fronton de St-Jean de Latran Pensez-vous parfois à la joie de Dieu de venir en aide à celui qui crie vers lui, à la joie du ciel quand quelqu’un ouvre son cœur à la grâce ? Quand nous vivons dans la morosité ou que le monde autour de nous nous paraît sombre, c’est bon de regarder la réalité sous cet angle : Dieu se réjouit de conduire l’aveugle, le boiteux, tous ceux qui sont fragiles, par un chemin où ils ne tomberont pas (Jr 31,9). Avec cette joie de Dieu comme lunettes, nous pourrons regarder les faits les plus inquiétants de notre monde sans nous décourager. Et c’est vrai qu’en matière de faits inquiétants, nous sommes servis. Prenez ce que nous avons appris ce lundi : qu’une émission de télé-réalité va mettre en scène des gens qui veulent se « fabriquer » un enfant en dehors d’une relation conjugale, un enfant qui fera l’objet d’un contrat entre des personnes qui s’imaginent être leur parent à temps partiel. J’utilise le terme fabriquer à dessein, car ici nous sortons complètement du cadre de l’enfant comme don, pour entrer dans celui de l’enfant comme objet de consommation, un peu comme si on créait une association pour acheter un château ou une vigne. Heureusement il y a quelques personnes pour dire que cela ne va pas, mais aussi plein d’autres pour argumenter que cela se fait déjà, que c’est juste mettre en avant une nouvelle conception possible. Ah, quel aveuglement sur la dignité humaine, lorsque l’enfant devient une production pour réaliser un désir d’adulte ! Comment en est-on arrivé là ? Par petites touches, à partir de techniques médicales pour aider les couples stériles, en apparence bonnes parce qu’utiles aux éprouvés, puis nous en sommes arrivés à utiliser cette procréation médicale aussi pour ceux qui ne souffraient pas d’infertilité mais désiraient simplement l’impossible. Et maintenant nous en sommes à l’enfant-contrat, avant sans doute d’autres dérives. C’est le processus d’un aveuglement progressif. Quand l’Église a dit que le bébé-éprouvette nous mettait sur une pente dangereuse, on lui a répondu qu’elle exagérait. On l’a fait il y a longtemps aussi au sujet de la contraception, envers laquelle l’Église émettait beaucoup de réserves alors qu’elle était censée résoudre tous les problèmes de couples… Et maintenant on voit que la domination de la femme par l’homme semble ne plus avoir de limite, comme en témoigne abondamment l’actualité.

homélie du 29e dimanche B, 17 octobre 2021

application Jésus, le Christ, est le grand prêtre qui a traversé les cieux pour nous, dit l’épître aux Hébreux. Il ne s’agit pas d’aventure spatiale, mais de l’aventure du salut de l’humanité. Cette petite phrase de l’Écriture nous dit que Jésus a redonné à notre monde l’accès à son auteur, à Dieu qu’il nous permet d’appeler notre Père. Jésus permet à un monde miné par le mensonge, l’esbroufe et la trahison, d’entrer en contact avec le Dieu de vérité, Celui qui est tout entier véridique et devant qui tout mensonge explose. Jésus permet à un monde guidé par l’intérêt personnel et qui ne craint pas l’utilisation de l’homme par l’homme, de rencontrer le Dieu d’amour, qui est tout entier don de lui-même et qui prend sur lui tout ce qui est fait au moindre des petits qui sont les siens.

homélie du 27e dimanche B, 3 octobre 2021

Racines Le mariage est la chose la plus naturelle, mais aussi la plus extraordinaire, qui soit. La grande majorité des fiancés que je rencontre sont vraiment de bonne volonté. Très peu peuvent compter sur une foi vivante pour enraciner leur union. Il n’y en a pas beaucoup qui ont entendu ou lu un passage d’évangile depuis moins d’un an. Mais tous veulent s’engager pour la vie. D’ailleurs, deux couples sur trois choisissent cet évangile que nous venons d’entendre. Pourtant, ils vivent dans une culture du divorce, tout comme celle où vivait Jésus. Et il leur faudra mener un combat spirituel pour mener à bien l’aventure de leur mariage.

homélie du 23e dimanche B, 5 septembre 2021

abbaye de Fontenay Les lectures d’aujourd’hui nous donnent l’occasion de réfléchir un peu sur la façon dont Dieu combat le mal. Isaïe parle d’une revanche de Dieu contre le mal, et sa revanche est notre revanche. D’abord, cette intervention de Dieu se situe dans un contexte où les gens s’affolent et pensent que Dieu les a abandonnés. Alors Dieu dit par son prophète : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu… » C’est une réaction spontanée et fréquente chez l’être humain confronté au mal : il pense qu’il est seul, que Dieu l’a oublié, ou même qu’il n’y a pas de Dieu. Alors il a peur et il prend des décisions motivées par la peur. Dans la famille, cela crée des divisions et du ressentiment. En politique, cela donne le pouvoir à des têtes brûlées. Pour chacun, cela renferme sur soi et empêche de communiquer et d’aimer.