Homélie de l’Assomption, 15 août 2026
Quand il promulgue le dogme de l’Assomption le 1er novembre 1950, en la fête de la Toussaint, le pape Pie XII dit que Dieu, qui est si bon, nous donne des joies au milieu des épreuves du temps. C’est un bel état d’esprit pour vivre la fête de ce jour : accueillir la joie que Dieu nous donne au milieu de nos épreuves familiales, paroissiales ou professionnelles, au milieu de nos craintes pour l’avenir, qui parfois nous paralysent.
La fête de l’Assomption n’a pas attendu 1950. Elle est fêtée en Orient depuis l’Antiquité, et Charlemagne l’a étendue à tout son empire en 813, 6 mois avant de mourir. L’idée de départ est qu’il ne convenait pas à la mère du Fils de Dieu de connaître la dégradation du tombeau. Cela peut paraître une idée gratuite, mais il faut la lire à la lumière du salut conquis par le Christ son fils.
Le Christ, en nous faisant renaître à la vie nouvelle par le baptême, nous fait participer à son triomphe sur le péché et sur la mort. Mais c’est seulement à la fin des temps que cela sera manifeste, lorsque nos corps seront à nouveau unis à notre âme glorieuse. Alors les cimetières deviendront des lieux de jubilation où la gloire de Dieu éclatera. Pour le moment nous le croyons et le vivons dans l’espérance.
Mais pour soutenir notre regard vers la gloire du Ciel, Dieu a voulu donner cela à l’avance à Marie qui serait la mère de son Fils. C’est pourquoi nous croyons qu’elle a été conçue sans le péché originel, par une grâce venant déjà de la Passion du Christ (Immaculée Conception, fêtée le 8 décembre) et qu’elle n’a pas connu la dégradation du tombeau (Assomption, fêtée le 15 août). Marie, dit le dogme, « après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire céleste. » Nous lisons ces événements à la lumière du Cantique du Magnificat chanté par Marie. Le Puissant a fait pour elle des merveilles ; toutes les générations la diront bienheureuse ; la victoire de Dieu est déjà manifeste, les affamés sont comblés, les humbles sont élevés. Et de fait, l’Assomption de Marie nous réjouit ; elle fait honneur à la puissance de salut déployée par le Christ ; elle ravive aussi notre espérance de connaître un jour cette victoire du Christ dans nos propres vies. Déjà, quand nous la prions, elle nous met du côté de la vie et de la paix du Ciel.
Cette espérance pour notre vie ne vient pas d’une promesse purement individuelle. Quand ils se sont demandé qui était la femme habillée de soleil dans l’Apocalypse, les premiers chrétiens ont oscillé entre la figure de l’Église qui, par l’évangélisation, donne le Christ au monde au milieu des persécutions, ou la figure de Marie, enfantant le Christ et causant déjà la perte du démon. Nous pouvons donc dire que tout ce qu’on affirme de Marie concerne l’Église.
De l’Église nous pouvons voir les limites manifestes, les étroitesses ou les péchés de ses membres et de ses pasteurs, toutes choses annoncées déjà par les prophètes depuis 2500 ans. Mais l’Assomption nous fait regarder la victoire du Christ dans l’Église. Elle est le peuple qu’il a acquis par son sang, la nation sainte jaillie de la plaie de son côté. Elle est sainte, non pas d’une quelconque réussite humaine, mais par l’amour et la victoire du Christ posés sur elle. La puissance du Christ qui nous ouvre la vie éternelle, c’est dans l’Église qu’elle est accessible. Ses sacrements nous donnent la vie du Christ. Ils ne la donnent pas en fonction de la sainteté ou de la performance de tel ou tel prêtre, mais en raison de l’unité que nous vivons avec tout le corps de l’Église. En aimant l’Église, en avançant dans l’unité, en cherchant à vivre la communion, nous sommes la femme de l’Apocalypse sauvée par Dieu et dont Marie est la figure. Réjouissons-nous du don que Dieu fait à ses enfants réunis devant lui ! Accueillons-le de tout notre cœur ! Le Seigneur a tout fait pour nous. Marie en est la preuve.

