homélie du 4e dimanche de Pâques, 26 avril 2026
Nos sociétés déboussolées cherchent des leaders et trop souvent elles ne trouvent que des leaders problématiques, tantôt faibles et consensuels, tantôt populistes et arrogants. Ce sont les voleurs dont parle Jésus, qui ne viennent que pour se servir sur le troupeau. On en trouve dans la politique, mais aussi parfois dans l’Église.
À l’encontre de cela, le Christ se présente comme le berger, le pasteur qui connaît ses brebis et qui marche à leur tête — nous savons qu’il s’avancera devant nous pour affronter la mort. Ce bon pasteur laisse s’établir une complicité entre lui et les brebis. Il n’est pas une brebis parmi les brebis, mais il les conduit par l’attachement. Et aujourd’hui encore nous sommes ici pour laisser cette complicité grandir, et être conduits de l’intérieur, par l’amour, par l’attrait pour sa lumière. Enfin, le Christ se présente aussi comme la porte par où nous pouvons passer pour trouver un pâturages, la nourriture de notre cœur, la vie en abondance.
Pendant toute sa mission sur la terre, le Christ ne s’est pas soucié de laisser des écrits, un manuel de vie, mais il a formé des disciples et leur a donné quelque chose à faire en mémoire de lui, c’est-à-dire pour continuer de vivre avec lui : la veille de sa passion, il prit du pain, le bénit et le rompit, puis il le donna à ses disciples en disant : ceci est mon corps, livré pour vous ; faites cela en mémoire de moi.
C’est ainsi qu’est née l’Église, qui vit par l’eucharistie, qui ensuite a veillé à faire le tri des différents écrits sur le Christ pour que nous gardions ce qui reflète fidèlement le vrai berger. Et ainsi, par l’Église, par l’eucharistie, par l’Écriture du Nouveau Testament, nous pouvons être guidés vers la vie et la recevoir.
Pour la vie de l’Église il est essentiel que certains endossent le rôle jadis tenu par les apôtres. Ce sont les évêques et leurs collaborateurs les prêtres. L’Église repose sur l’engagement de chaque baptisé à vivre la vie chrétienne, mais il faut aussi des pasteurs pour l’Église d’aujourd’hui. Il faut des témoins, et il faut des bergers.
Quand l’évêque est venu ici en janvier il nous a invité à prier et pleurer pour les vocations. Afin que le Christ soit connu de tous ceux qui sont comme des brebis sans berger. Afin que la joie de l’intimité avec le Seigneur soit toujours accessible. C’est pourquoi, depuis Pâques, nous prions chaque dimanche pour les vocations.
Certains ont pensé que supprimer l’obligation du célibat réglerait le problème des vocations. Mais ce n’est pas exact. Regardons les communautés protestantes, qui manquent elles aussi de pasteurs. Au contraire, le monde d’aujourd’hui a besoin de gens qui montrent par le don de toute leur vie la consistance de Dieu, que Dieu n’est pas seulement une idée inspirante ou une aide ponctuelle, mais celui à qui on peut donner toute sa vie, son affectivité la plus profonde, ses désirs de réussite, son besoin d’être aimé.
Le pape a proposé en ce mois d’avril une intention pour les prêtres en crise, qui traversent des moments de solitude, de doute ou de fatigue qui mine leur espérance. Oui, il y a des pasteurs qui souffrent. Parfois c’est de leur faute, parce qu’ils s’isolent dans une tour d’ivoire, les reproches ou l’amour de l’argent ou du pouvoir. Parfois il y a d’autres raisons, comme de sentir que le don que l’on fait de soi-même n’est pas compris ni apprécié. Ou de souffrir de la crise que traverse l’Église en occident. Mais que jamais on ne fasse des difficultés des prêtres un raccourci pour opter pour une vie plus facile. Ce genre de raccourci ne se trouve nulle part dans l’évangile. Le vrai raccourci vers le bonheur c’est une vie plus donnée. Que le Seigneur nous y pousse tous et que nous nous y encouragions mutuellement.

