Quand Dieu vient, c’est l’amour ou le rejet

homélie du 4e dimanche de carême, 11 mars 2018

Quand Dieu parle matin de mars avec l’humanité, il lui fait une déclaration d’amour. C’est cela, l’alliance : une déclaration d’amour de notre Créateur. Cela a un côté enthousiasmant : le Dieu qui est l’auteur de tout, qui a inventé le big-bang et les centaines de milliards de galaxies, celui qui est l’origine de l’infiniment grand comme de l’infiniment petit, il m’aime, il me regarde, je compte pour lui. Assez vite, je me rends compte que s’il s’agit d’une déclaration d’amour, il y a une question qui me sollicite : qu’est-ce que je vais répondre à cet amour ?

Quand un amoureux déclare sa flamme à une jeune fille, celle-ci pourrait légitimement répondre : cela me touche, mais j’ai porté mon dévolu sur un autre que toi, excuse-moi ! Cette situation arrive, et c’est normal que cela arrive. Quand Dieu nous propose son alliance, nous sommes dans une autre situation, tout à fait dissymétrique. Cette fois, celui qui s’adresse à nous n’est pas un parmi d’autres, mais il est l’auteur de la vie, de la lumière, de la justice et de la paix. Le refuser, ce n’est pas préférer un autre chemin légitime, mais prendre un chemin de mort. Il n’y a pas de moyen terme entre accueillir le Dieu de vie et le rejeter, il n’y a pas une attitude qui soit indifférente. L’indifférence, devant un tel Dieu, est déjà un rejet.

Nous le devinons déjà dans ce qui arrive au peuple hébreu (2 Chr 36), qui se détourne de son Seigneur et devient la proie de ceux qui en veulent à ses richesses et à sa vie. S’éloigner de Dieu, c’est commencer à vivre dans l’une ou l’autre forme d’esclavage. Je pense à cela aujourd’hui, quand je considère tous les esclavages que nous acceptons, esclavage de la mode, des apparences, du penser comme tout le monde, de la course à l’argent, aux vacances, aux loisirs ; esclavage qui culmine lorsqu’on se demande si une vie vaut d’être vécue, alors que la vie c’est la vie.

Qu’il n’y a pas de moyen terme entre accueillir et rejeter le Dieu de vie, nous le voyons plus clairement encore lorsque Dieu lui même vient dans le monde. « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique », explique Jésus en parlant de lui. Mais quand « la lumière est venue dans le monde », « les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises ». Lorsque Jésus vient, l’amour de Dieu s’accomplit, et la réponse de l’homme prend la forme de la suite du Christ ou de sa mise en croix. Il n’y a pas d’alternative. Aujourd’hui, le seul moyen d’entretenir l’indifférence autour du Christ, c’est de ne pas en parler. Mais dès que nous parlons de lui, dès que nous laissons entendre que nous l’aimons, nous obligeons les cœurs à se positionner face à cet amour qui vient à leur porte. Et c’est soit le début d’un accueil, soit l’ironie, la dérision, le rejet. Au point que nous craignons de révéler notre foi et que nous fuyons les débats. Et si vous vous demandez pourquoi on tourne en dérision la foi chrétienne à un niveau qu’on atteint beaucoup plus rarement avec l’islam ou la foi juive, dites-vous que c’est parce que c’est la religion de Dieu qui est venu lui-même nous dire son amour, et qu’alors la seule réponse c’est oui ou c’est non.

Pourtant, même la dérision est le signe que le cœur est touché plus profondément qu’il ne le voudrait. Le refus est déjà la trace de l’œuvre de Dieu. Et Jésus nous explique que l’œuvre de Dieu va se réaliser parce qu’il tient compte de ce refus et qu’il l’absorbe en lui-même. Jésus devient celui qui, une fois élevé sur la croix, permet à tout homme qui croit en lui « d’avoir la vie éternelle » (v.15). Il dira même plus tard : « quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » (Jn 12,32).

C’est grave de refuser un tel amour. Que l’Esprit Saint nous aide à avertir ceux qui nous entourent. Faisons-le avec espérance, car l’amour du Christ est vainqueur de tout par la croix. Ce n’est pas un amour colérique, un amour dépité, c’est la vie, l’anti-mort, l’anti-esclavage, la liberté qui vient de la vérité (v.21). C’est l’amour de celui qui nous cherche passionnément pour nous faire échapper aux ténèbres et nous faire vivre de lui.