Le grand choix de la vie

homélie du 5e dimanche de Pâques C, 19 mai 2019

Un chrétien près de Hargimont ne pense pas qu’à la réussite de ses affaires, il pense à la réussite des affaires du Seigneur, du Royaume de Dieu. Et pas seulement s’il lui reste du temps ou de l’argent une fois qu’il s’est assuré le confort. Sa première préoccupation ne devrait pas être pour lui, mais pour le Seigneur : Père, que ton Nom soit sanctifié, que ton règne vienne ! C’est ainsi que le Christ nous a appris a prier. C’est ainsi qu’il a vécu, cherchant à « glorifier » son Père, à le faire connaître en vérité, à nous donner une image parfaite de Lui malgré les oppositions de l’opinion publique.

C’est ainsi que les premiers chrétiens ont vécu. Imaginez : à la parole de Paul et de Barnabé ils accueillent l’Évangile, ils changent aussitôt leur vie, et puis ils voient que leurs maîtres sont persécutés, chassés, et même lapidés et laissés pour mort (Ac 14,19). Mais Paul leur fait comprendre ce qui est en jeu, le sens de la vraie vie : « il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu ».

La vie selon l’Évangile, la vie dans la vérité, c’est tout sauf le confort. Mais elle est tellement préférable à la vie tranquille que nous pourrions essayer de nous assurer par nous-mêmes. Cette vie tranquille où on craint tout ce qui pourrait arriver, où on vit dans l’insécurité et puis où on est tenté de se dresser contre Dieu si quelque chose ne va pas, si la maladie ou les difficultés surgissent. Seigneur, garde-nous de cette vie-là, de cette vie où nous devenons petit à petit tes ennemis, sans nous en rendre compte ! Apprends-nous à te mettre à la première place, pour que notre vie reçoive de toi son sens et que nous soyons artisans de paix et d’amour. Pour que nous vivions pleinement ton commandement : « comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,34). Pour que nous sachions au plus profond de nous-mêmes que tu nous conduis vers le Royaume de ta victoire, où la mort n’est plus, où tu feras toutes choses nouvelles, où nous habiterons avec toi. (Ap 21)

Je vais vous raconter une petite histoire, celle de la conversion de saint Ignace, le fondateur des jésuites. Ignace était un jeune noble de la cour de Castille, qui ne rêvait que de conquêtes militaires et féminines. En 1521, à trente ans, il a la jambe broyée par un boulet de canon et doit subir une longue convalescence. Là, immobilisé sur son lit, il lit ce qu’il trouve : un peu de roman de chevalerie, et beaucoup de vies de saints. Au début, cela le contrarie beaucoup de trouver surtout des livres pieux, mais il se rend compte que son état d’âme varie selon ce qu’il lit : après les romans, il est tout motivé d’imiter ces prouesses mais aussi assez vide, tandis qu’après les vies de saints il a tout autant l’envie de les imiter mais se trouve rempli, consolé, joyeux. Ni une ni deux, il fait son choix : désormais ce sera une vie pour Dieu, sous l’étendard du Seigneur, et plus une vie pour lui-même, à la poursuite de ses propres objectifs humains. Seigneur, montre-nous là où tu nous attends pour changer notre vie et l’illuminer de ta présence ! Montre-nous ce qui nous empêche de te faire la place que tu mérites, et qui du coup nous fait ignorer tout ce que tu peux nous apporter !

Encore une chose : dans la lecture des Actes des apôtres nous découvrons aussi les débuts du ministère de l’évêque et du prêtre. Ce sont ces anciens désignés par Paul et Barnabé pour veiller sur les Églises naissantes. Ils les confient au Seigneur après avoir jeûné et prié. Puis ils repartent pour la mission. Eux plus que les autres doivent avoir à cœur de mettre la gloire de Dieu au-dessus de leurs propres intérêts. Prions que personne ne devienne prêtre par métier, ou par désir de trouver une place dans le monde. Que pour chacun, la seule place soit le cœur de Dieu et la joie du Christ au milieu de la communauté, la joie du Christ d’être accueilli dans la foi de chaque croyant qui lui est confié.