homélie du 3e dimanche de carême, 15 mars 2020

enfants près de Cicalpa Vieja, Équateur Nous voici pris dans une sorte de carême forcé. C’est un temps de dépouillement, comme le carême, mais qui va plus loin que ce que nous étions prêts à vivre. Et si, au lieu de râler ou de nous attrister, nous choisissons volontiers ces privations en tous genre — privation de visites, de présences aimées, de loisirs, d’activités qui nous font exister —, alors notre cœur pourra grandir et se dilater.

Voilà un temps pour découvrir notre soif intérieure, la soif qu’éprouve notre âme créée à l’image de Dieu, la soif d’infini qui souvent est distraite par plein de petites boissons qui nous nourrissent juste assez pour ne pas y penser. Qu’est-ce qui nous nourrira vraiment ? Comment sortirons-nous de notre état de survivant, pour devenir des vivants ? En réalité, nous n’imaginons déjà pas ce que c’est d’être vivant, d’avoir la vie de Dieu qui coule sans entrave en nous, sa vie qui procure une joie et une paix que rien ne peut détruire. Oh, Seigneur, nous t’en prions, fais-nous voir et désirer la vie que toi seul peut nous donner !

Il y a bien longtemps, Dieu a conduit son peuple au désert après l’exultation de la sortie d’Égypte, qui était une super réussite. Là, le peuple a été mis à l’épreuve (Ex 17, 3-7). Et il est arrivé ce qui arrive souvent : il a murmuré contre Dieu plutôt que de lui ouvrir son cœur. Nous sommes tous comme ça : quand survient l’épreuve, nous ne nous disons pas « voici l’occasion de progresser dans la fidélité », mais plutôt : « pourquoi ça m’arrive ? Et que fait Dieu ? » Oh, Seigneur, pardonne-nous, et accepte que nous revenions à toi, que nous nous remettions en marche pour suivre le Christ sans murmurer !

Dans l’Évangile (Jn 4,5-42), Jésus éveille une femme à sa soif intérieure. Lentement, en avançant de quiproquo en quiproquo, il lui fait désirer l’eau qu’il est seul à pouvoir donner, l’eau qui « deviendra en nous une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle » (v.14). L’eau que donne le Christ apaise la soif. Je ne dis pas que nous sommes comblés, parce que ce serait parler comme si nous étions déjà au ciel. Mais dans l’amitié avec le Christ, dans le temps pris pour l’écouter, pour le contempler, pour penser à lui en l’aimant… quelque chose vient en nous qui nous remplit, qui nous rend contents, qui agrandit notre cœur pour tous.

Je ne peux pas vous expliquer le mécanisme de cela, car c’est donné par Dieu qui est vivant, c’est une « grâce » comme on dit. Mais cela naît en nous comme le fruit d’une belle rencontre. Et le défi pour nous c’est de durer un peu, devenir des « adorateurs du Père en esprit et en vérité » (v.23). Adorer c’est dire à Dieu : « je suis là pour toi, ce temps est pour toi, qu’importe ce que tu décideras d’en faire ». Là, nous sommes prêts pour une vraie rencontre. C’est Dieu qui la mènera, bien que nous essaierons aussi d’avoir quelques pensées. Mais l’important est de laisser Dieu être Qui il est. Non pas le pourvoyeur de bien-être que nous attendons, mais l’ami qui nous entraînera sur des sommets inattendus, des sommets qu’il est seul à connaître, où il nous emmène quand nous lui tenons la main. Oh, Seigneur, fais grandir en nous la foi, pour que nous te tenions la main sans cesse, même quand le chemin monte fort, même quand nous marchons dans le brouillard, même quand nous avons peur !

(version imprimable 🖨)