pèlerinage à Lourdes

L’assurance de l’amour de Dieu

Homélie de la messe à la Grotte de Lourdes, 23 mai 2015

À la Grotte Lourdes , Bernadette a eu la vision d’une très belle dame qui lui a parlé avec respect et amour, « comme une personne parle à une autre personne » dira-t-elle. Habituée à être traitée comme une moins que rien, Bernadette s’était mise à penser qu’elle ne valait pas grand chose. En lui apparaissant ici à la Grotte, voilà que la Vierge Marie lui révèle tout ce qu’elle vaut pour Dieu.

J’ai entendu l’histoire d’un jeune homme qui était très mal dans sa peau, au point que son entourage l’avait poussé à faire une psychothérapie, mais sans résultat. Voilà qu’avec son école il va visiter Venise, et tous se retrouvent devant la pala d’oro, un extraordinaire retable d’or et de pierres précieuses, de grande dimension, très finement ciselé. Le jeune homme demande au prêtre qui fait la visite combien cela coûte. Le prêtre a cette réponse : je ne sais pas, mais en tous cas toi tu vaux plus. De retour dans son école, voilà que ce jeune allait beaucoup mieux, et la seule explication était cette parole providentielle du prêtre : en tous cas tu vaux plus.

Aurons-nous chacun une révélation personnelle de ce que nous valons pour Dieu ? Peut-être pas d’une manière exceptionnelle comme ces deux histoires. Mais sûrement d’une façon personnelle et profonde. Car il y a le Saint-Esprit qui nous est donné, et le Saint-Esprit c’est l’amour de Dieu en direct. Saint Paul vient de nous dire : la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. Oui, la preuve que Dieu nous aime c’est que Jésus Christ est venu, qu’il a tissé ce pont, cet accès entre Dieu et les hommes, parce qu’il est le Fils de Dieu, et enfin la preuve que Dieu nous aime c’est qu’il a lutté pour nous et donné sa vie pour nous. C’est pourquoi nous mettons des crucifix ici et là dans nos lieux de vie. Là je sais que Dieu m’aime ! Et que cet amour n’est pas vain parce que le Christ n’est pas resté mort mais qu’il est ressuscité : cet amour n’est pas une chose du passé mais un lien qui veut se tisser maintenant.

Cette assurance de l’amour personnel de Dieu, il nous reste à l’accueillir. Car l’amour n’est pas l’amour tant qu’il n’est pas échangé. Il y a le Christ qui frappe à la porte de notre cœur. Il y a l’Esprit « qui nous a été donné » parce que Jésus « baptise dans l’Esprit ». Oui, Dieu nous aime et il nous dit : ne reste pas loin de moi ! Demande l’Esprit Saint ! Accueille-le ! Fais de tous tes manques un grand cri qui appelle l’Esprit Saint ! Ces manques craquent les duretés de notre cœur pour le rendre perméable à l’amour de Dieu pour nous et à la joie d’aimer à notre tour, la joie de se donner soi-même en aimant.

Si Marie est apparue à Bernadette ici à Lourdes, c’est pour que l’amour et la paix de Dieu nous soient palpables et qu’ils fassent fondre notre cœur. Ce qui est attendu de nous c’est la persévérance, qui crée en nous l’espace où la voix de Dieu peut nous toucher. Sans persévérance dans la recherche intérieure et dans la fidélité à la petite lumière qui commence à poindre, il n’y a pas d’espace en nous pour rencontrer Dieu. Mais au baptême « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5). Nous pouvons nourrir une grande espérance.

La joie d’une vie donnée

Homélie de la messe d’ouverture du pèlerinage, 22 mai 2015

Cette lecture procession mariale de l’Apocalypse (Ap 12) nous a donné beaucoup d’images. Il y a d’abord la Femme, enceinte, majestueuse ; elle représente Marie, ou l’Église. Elle est le symbole de la beauté de toutes les femmes et de leur pouvoir de donner la vie et d’accompagner la vie. Toutes les femmes ont une beauté secrète et un pouvoir de mettre la vie.

Il y a un dragon, signe du diable qui s’oppose au don de la vie, et aussi à la joie qui veut habiter en nous.

Il y a un combat, et ce combat dans le ciel commence dans nos cœurs. Il consiste à dire non aux forces de découragement et de peur. C’est un combat pour choisir la vie et prendre le chemin de la reconnaissance : Seigneur, merci de m’avoir créé ! Et de m’avoir sauvé !

Comment le Christ nous a-t-il sauvés ? Qu’est-ce que cela veut dire, être sauvé ? Nous trouverons une réponse dans l’évangile des Noces de Cana (Jn 2). À Cana il n’y a plus de vin. Pour nous c’est le signe d’une panne de joie plus générale, à cause d’un grand sentiment de vide. Même quand on est jeune on se dit alors : à quoi bon même faire la fête ? Je pense aussi à ces situations où une personne se sent être un poids pour les autres, spécialement quand la société nous dit que les gens qui se sentent un poids peuvent choisir l’euthanasie. Enfin il y a toutes ces situations où nous avons peur du lendemain. Tout cela génère du stress, de la tristesse, de l’angoisse.

Marie le voit. Elle regarde ma détresse, mon vide intérieur ; elle prie pour moi (voyez cette demande du Je vous salue Marie, « prie pour nous pauvres pécheurs », prie pour moi… On le répète tant de fois sur un chapelet, cela vient par vagues successives nous apporter la paix).

Que fait Jésus ? Il n’apporte pas une petite consolation ; au contraire, c’est 600 l de bon vin, signe d’une joie d’une qualité supérieure. Nous sommes faits pour la joie, c’est pourquoi Dieu veut nous la donner. C’est pourquoi aussi nous avons peur de la souffrance. Nous sommes fait pour la joie, et le vin que Jésus produit en est la preuve. Mais nous devons continuer à suivre le chemin du vin dans l’Évangile ; il aboutit au vin de l’eucharistie, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle, signe d’une vie donnée. Le chemin de la joie passe toujours par une vie donnée.

Le bonheur de la vie donnée, on le voit chez ceux qui se donnent au service des malades, les hospitalières, les brancardiers, les jeunes. Et quand nous observons les malades nous découvrons qu’eux aussi ont une vie donnée et trouvent ainsi la joie. Regardez leur cœur large, leur prière qui prend dans leur cœur tant de monde. Regardez leur choix de ne pas gémir dans leurs peines mais de les vivre unis à Jésus sur la croix. Quand un malade vit la part inévitable de souffrance dans la complicité avec Jésus en croix, en lui faisant un clin d’œil plutôt que des reproches (c’est ce que dans la tradition spirituelle on appelait « offrir sa souffrance »), il découvre que sa vie est très utile, qu’elle sauve le monde avec le Christ, qu’elle amorce des réconciliation ou des conversions inespérées. Voilà une vie donnée, qui trouve aussi la joie. Il y a plein de gens qui se réconcilient grâce à un souffrant qui sourit à Jésus.

Nous allons passer 5 jours ensemble, jeunes, pèlerins valides et pèlerins malades, 5 jours à découvrir chez l’un et l’autre des sources de la joie. Jésus veut nous conduire à une joie profonde que rien ne pourra nous enlever.