homélie de Noël 2019

l’arbre de Jessé « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière » (Is 9,1), avons-nous entendu. Ce peuple c’est nous. Et dans quelles ténèbres devons-nous marcher ? Il y a tout ce qui nous inquiète dans le monde — chaque époque a son lot d’inquiétudes, et pour nous c’est notamment le réchauffement climatique, la difficulté de trouver un emploi ou de le garder, ou la perte du sens de la valeur de la vie. Mais en plus de ces ténèbres du monde, il y a les ténèbres en nous aussi : tout ce qui assombrit notre cœur, nos pensée, à commencer par notre orgueil, quand nous nous mettons à prendre les gens de haut, ou quand nous sommes très blessés par une remarque qui nous est faite. Il y a aussi notre égoïsme, qui nous fait ne penser qu’à nous, qui nous replie sur nous-mêmes et nous fait considérer que ça ne va pas si mal tant que notre confort est assuré, mais qui finalement nous laisse avec un goût d’insatisfaction, de vide et de solitude.

Il y a encore une autre forme d’orgueil qui est ténèbre en nous : celui qui nous fait prendre Dieu de haut, qui nous fait dire : je ne veux plus servir Dieu étant donné ce qui arrive, ou : si je rencontrais Dieu, j’aurais deux mots à lui dire. Pour ma part, j’ai pourri mon Avent avec ce genre d’orgueil. Je disais en moi-même : « nous affirmons que le Seigneur vient, et pourtant je ne vois rien. Je ne vois que la foi qui décroît, j’assiste à des concerts de Noël où on ne fait que chanter les cadeaux, le père noël, la neige, le sapin et le feu de bois… Je ne vois que mes paroissiens qui vieillissent et les jeunes qui sont dévorés par la société des loisirs et de la consommation, au point qu’ils n’ont plus de temps ou d’énergie pour leur Seigneur ni la communauté qui le loue… Je ne vois que la société qui tend à minimiser de plus en plus l’Église — parfois en scrutant ses péchés à la loupe — et qui ne veut plus respecter l’être humain, mais plutôt décider qui est digne de vivre et qui ne l’est pas. Alors j’ai bien raison d’être contrarié : Tu dis que tu viens mais moi je vois tous les signaux en baisse. » Bref, je me suis pourri mon Avent, j’ai dit aux ténèbres : venez faire la fête dans mon cœur… Et elles sont venues.

Dieu merci cela n’a pas continué ainsi plus de trois semaines. Un moment donné je me suis dit : Christophe, tu fais l’orgueilleux. Tu fais des reproches à Dieu ! Regarde plutôt comment il vient. Fais-toi obéissant comme un petit enfant. Prie, et crois à la Parole que tu lis, à ce que disent les psaumes et l’Évangile. Oui, le Seigneur vient ; Dieu se fait petit enfant. Et quand il aura grandi, il dira : « si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Mt 18,3). Alors, ô Christ, aide-nous à faire confiance au Père comme un petit enfant fait confiance à son papa et à sa maman. Aide-nous à être obéissant, c’est-à-dire à t’écouter et à accueillir ce que tu dis dans un cœur simple qui ne murmure pas. Aide-nous à être humbles, à nous rendre compte que c’est toi qui es grand et qui sais, tandis que nous sommes petits.

Lorsque nous désirons vivre ainsi, la lumière entre dans notre cœur. Nous recevons une joie d’en haut quand nous cessons de murmurer, et quand nous renonçons à tout ce qui nous fait courir loin de Dieu, pour lui faire confiance, pour croire à sa Parole, pour le prier chaque jour. Belle et sainte fête de Noël !