L’Assomption, signe lumineux de la victoire du Christ

homélie de l’Assomption de la Vierge Marie, 15 août 2019

Le dogme Rome, Sainte-Marie au Trastevere, abside de l’Assomption dit que Marie, au terme de sa vie terrestre, a été prise toute entière, corps et âme, dans la gloire du ciel. On ne dit pas qu’elle a échappé à la mort au point de vivre sans fin sur terre, de ne jamais être arrachée à l’affection des siens. Il y a bien eu cette séparation d’avec ce monde pour entrer dans l’autre vie. Mais Marie n’a pas connu ni infligé à ses proches cette dissociation douloureuse de l’âme et du corps qui fait que nous portons en terre le corps des gens qui meurent tandis que la foi seule nous permet de les voir vivants auprès de Dieu ou en chemin vers lui.

Puisque sur la croix le Christ a été vainqueur du péché et de la mort, Dieu aurait pu faire en sorte que cette victoire soit déjà visible à la mort de chaque fidèle. Mais, comme le précise le pape Pie XII en déclarant le dogme de l’Assomption, « en vertu d’une loi générale, Dieu ne veut pas accorder aux justes le plein effet de la victoire sur la mort, sinon quand viendra la fin des temps »1. Alors, pour nous, c’est toujours le temps de la foi, et le temps de lutter contre le découragement. Pourquoi cette victoire n’est-elle pas encore plus manifeste aujourd’hui ? C’est le secret de Dieu, et un jour nous comprendrons. Mais peut-être est-ce pour permettre le temps du Purgatoire, cette étape de purification nécessaire à bien des hommes pour entrer dans la joie du Paradis. Car c’est clair que beaucoup ne meurent pas « dans le Christ » mais plutôt en l’ignorant plus ou moins activement. Pourtant leur cœur n’est pas fermé à la proposition de Dieu et il pourrait encore s’y ouvrir après la mort, si son sort définitif n’est pas scellé. D’où cet espace, cette zone grise où nous n’avons que la foi pour voir le résultat de la victoire du Christ dans la vie de nos chers défunts.

Mais notre foi reçoit un soutien lumineux dans ce qui est arrivé à la Vierge Marie. Chez elle, la victoire du Christ sur la mort est complètement visible, puisque son corps lui-même n’est plus parmi nous et a été rendu glorieux sans délai. Pour elle, dont la sainteté était incomparable, ce délai d’attente de la résurrection finale n’était pas nécessaire. De cela, nous avons une preuve en négatif : l’absence totale de reliques du corps de Marie. Connaissant l’affection parfois démesurée des chrétiens pour les restes du corps des saints, voyant comment on s’est disputé les morceaux de ces corps, le fait qu’il n’y ait nulle part même une phalange de la Vierge Marie vient plaider pour le fait qu’on ne l’a jamais cherché, et donc qu’il n’était pas à chercher sur terre.

Cette fête est donc un grand encouragement pour tous ceux qui veulent bien laisser à l’action de Dieu une place dans leur façon de voir la vie. Oui, la victoire du Christ est une réalité. Oui, elle commence à s’accomplir pour tous nos chers défunts. Oui, elle a déjà montré toute sa mesure dans l’Assomption de Marie dans la gloire du Ciel. Alors, laissons le Christ nous donner sa vie en le côtoyant jour après jour, en gardant sa Parole fidèlement dans nos cœurs et nos actions.

1Constitution apostolique Munificentissimus Deus, 1950. Le dogme n’a été défini qu’au XXe siècle, signe d’une époque scientifique qui aime préciser les choses. Mais la foi en l’Assomption et sa célébration remontent au moins au Ve ou VIe siècle, premières traces écrites.