le christianisme en public, faut oser...

Nous commençons l’année en entendant que Jésus convoque ses disciples pour les envoyer aux autres personnes des environs (Lc 9,1-6). Voilà un début d’année en fanfare, car nous pressentons bien qu’aujourd’hui encore Jésus nous convoque pour nous envoyer. Nous ne sommes pas 12, mais beaucoup plus. Nous n’allons sans doute pas passer de village en village, mais nous découvrons cette particularité de la foi chrétienne, qui nous interpelle : la foi chrétienne est quelque chose qui s’annonce, qui se dit aux autres.

Est-ce qu’aux apôtres les gens ont répondu : ne parlons pas de cela, la foi, vous le savez bien, est une affaire privée. Chacun sa religion, et changeons de sujet... (pour la forme polie de la réponse...) ? En tous cas, pour nous aujourd’hui, l’idée que notre foi est quelque chose qui doit être rendu public en rend plus d’un mal à l’aise, si pas franchement hostile.

Lors de sa visite au parlement anglais le pape Benoît XVI a osé poser quelques questions embarrassantes. Ainsi il disait :

je ne puis que manifester ma préoccupation devant la croissante marginalisation de la religion, particulièrement du christianisme, qui s’installe dans certains domaines, même dans des nations qui mettent si fortement l’accent sur la tolérance. Certains militent pour que la voix de la religion soit étouffée, ou tout au moins reléguée à la seule sphère privée. D’autres soutiennent que la célébration publique de certaines fêtes, comme Noël, devrait être découragée, en arguant de manière peu défendable que cela pourrait offenser de quelque manière ceux qui professent une autre religion ou qui n’en ont pas. Et d’autres encore soutiennent – paradoxalement en vue d’éliminer les discriminations – que les chrétiens qui ont des fonctions publiques devraient être obligés en certains cas d’agir contre leur conscience. Ce sont là des signes inquiétants de l’incapacité d’apprécier non seulement les droits des croyants à la liberté de conscience et de religion, mais aussi le rôle légitime de la religion dans la vie publique. Je voudrais donc vous inviter tous, dans vos domaines d’influence respectifs, à chercher les moyens de promouvoir et d’encourager le dialogue entre foi et raison à tous les niveaux de la vie nationale (...) dialogue et respect à tous les niveaux de la société entre le monde de la raison et le monde de la foi. (discours du 17 septembre 2010)

Bon, pour le moment, avec toutes ces horribles affaires qui touchent l’Église belge, on aurait plutôt envie de se cacher. Mais pourtant cela ne vient pas abîmer tout ce que nous cherchons de beau et de bien, cela ne vient pas rendre notre idéal moins motivant. Au contraire, ces souillures nous poussent tous à aller de l’avant dans la conversion — les prêtres mais pas rien qu’eux — et dans l’écoute du beau message du Christ relayé par l’Église.

De l’évangile nous tirons que notre foi est une foi qui s’annonce, et de l’enseignement du pape nous déduisons que cette annonce se fait en dialogue. Ce dialogue, Jésus le suggérait bien en envoyant ses disciples sans défense, sans sécurité, sans aide. Ils ne pourront compter que sur Dieu et sur les hommes qui les accueilleront. Sans pain ni argent, ils seront forcés à l’échange. Et si l’échange tourne mal, si on refuse de les accueillir, ils partiront sans insister — insister donne d’ailleurs une si mauvaise image du message, puisque ce message se propose à la liberté — tout en manifestant en secouant la poussière de leurs pieds que ceux qui se bouchent les oreilles ont manqué quelque chose.

Ils secouent la poussière de leurs pieds, comme pour dire aussi : « C’est pas grave si nous n’accueillez pas notre témoignage, nous ne voulons pas vous forcer, et nous nous ne voulons pas emporter votre rejet avec nous, nous tourmenter, vous en vouloir. »

Bon, ça aurait été plus tranquille pour nous si l’amour du Christ ne devait pas être annoncé, ou seulement à la télé... Mais non, cet amour s’annonce de proche en proche, de personne humaine à personne humaine. Quoi de plus normal au fond, puisque c’est un amour, puisque c’est une rencontre que nous proposons.

Souvent, notre annonce sera simplement de dire : viens et vois ! (Jn 1,39) Viens et vois la vie dans notre kot, la messe des étudiants, la chorale, etc. Si on nous dit avec animosité : c’est quoi ta secte ? Nous secouerons la poussière de nos pieds... Mais nous tâcherons de repartir joyeux, sachant que nous ressemblons aux apôtres.

Je vous souhaite une belle année dans la paroisse étudiante, une belle année à faire ensemble la paroisse des étudiants, pour qu’elle soit un lieu où nous viendrons chercher les forces du Christ et aussi un lieu que nous aurons de la joie à montrer autour de nous en disant : viens et vois ! Merci déjà pour l’énergie que vous consacrerez à cela !

messe des étudiants du 22 septembre 2010