Persécutés? Et si c'était normal...

Conques, Jugement dernier Les lectures (Lc 21,12ss ; Ap 13-15) évoquent la situation difficile des chrétiens dans le monde. Est-ce une fiction ? Malheureusement, pas vraiment. Rappelez-vous ce qui vient de se passer à la cathédrale de Bagdad. Et puis, vous connaissez sûrement Sakineh, cette jeune iranienne dont l’opinion publique internationale essaie d’éviter la lapidation pour adultère ; mais avez-vous entendu parlé d’Asia Bibi, cette pakistanaise chrétienne, maman de 4 enfants, faussement condamnée à mort pour blasphème ? Voyez-vous, parfois j’ai l’impression que ça n’intéresse personne le sort d’une chrétienne qui sera mise à mort...

Selon un rapport de l’« Aide à l’Église en détresse » sorti aujourd’hui, Les chrétiens restent le groupe religieux le plus persécuté du monde. Au moins 75 % des cas de persécution religieuse concernent les chrétiens ! (aed-france.org) Même Bernard-Henri Lévy le dit ! (article)

En Europe on est plus cool ; il y a une beaucoup plus grande tolérance : chacun fait ce qu’il veut. Mais souvent c’est à condition de ne pas parler de sa religion. Nous sommes bien sûr tolérés, à condition de nous taire... même si on ne porte pas la main sur nous, il s’agit de se tenir à carreau. En Belgique nous nous trouvons dans une situation paradoxale où beaucoup voudraient construire une société meilleure en reléguant la religion dans le domaine privé, en l’expulsant du débat public, en la rendant muette. Les scandales odieux dont se sont rendus coupables des hommes d’Église donnent une occasion en or à ceux qui veulent balayer l’Église de la scène publique.

Jésus sait ces difficultés, il en parle aux siens. Il ne s’en plaint pas, il n’en est pas effrayé ; cela lui paraît normal que nous témoignerons au péril du mépris et de la persécution. Mais il ne nous envoie pas sans se mouiller avec nous, et aujourd’hui il nous dit : « Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu » ? C’est un peu comme un « touche pas aux cheveux de mon pote ! » Cela nous rend-il invincibles ? Hum, et les martyrs alors ? Et Jésus lui-même, innocent condamné et mis à mort ?

Seigneur, est-ce que tu voles au secours de tes amis lorsque l’un d’eux doit renoncer à une promotion scientifique parce qu’il refuse de faire des manipulation sur des embryons humains sortis du congélateur ? Lorsqu’il n’est plus possible de dire que la pratique homosexuelle ce n’est pas la même chose que l’union de l’homme et de la femme ? Lorsque nous n’osons plus demander s’il y a une messe le dimanche près du chalet où nous partons en vacances avec des amis ? Lorsque des parents subissent des pressions pour avorter de leur enfant handicapé1 ? Lorsqu’un homme politique doit faire preuve d’un grand courage immense pour se dire publiquement chrétien ? Lorsque nous rêvons de la fidélité dans le mariage et qu’on nous casse en nous disant que c’est utopique ?

Oui, Seigneur, tu voles à notre secours ! Pas un cheveux de notre tête ne sera perdu pour toi. Même si parfois ils sont perdus pour nous, et même si il y en a qui en ont même perdu toute la tête, comme les martyrs du Vietnam que nous fêtons aujourd’hui !

On pourrait se sentir découragés d’avoir des adversaires, de se sentir bien seuls comme croyants. Nous avons l’impression d’être un groupe de plus en plus restreint. L’évangélisation semble être un sauvetage où on essaie de récupérer l’eau qui fuit, de rameuter les troupes.

Pourtant, la mission n’existe pas parce qu’il y a une crise, elle existe parce que nous ne voulons pas garder pour nous-mêmes la joie de connaître Dieu, de l’aimer, de compter sur lui, de faire sa volonté. Même si les autres nous font sentir qu’ils n’en ont rien à en faire, qu’ils vont très bien sans religion, ns voulons être doucement têtus, ne pas cacher notre lumière sous le lit.

Même si ça nous fait parfois souffrir, nous voulons que les affaires de Dieu soit aussi nos affaires ; puisqu’il nous a tant aimés. Et nous osons vivre ainsi en dissidents dans le monde étudiant d’aujourd’hui parce que Jésus nous rassure : on vous rendra la vie dure mais je vous inspirerai une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction. Demandons cette sagesse de l’amour et de la foi !

1↑A ce sujet je lis l’arrêt effarant de la cour d’appel de Bruxelles du 21 septembre 2010 au sujet du préjudice d’être né handicapé plutôt que d’avoir été éliminé (pardon : avoir été l’objet d’une interruption de grossesse pour raison thérapeutique, il faut emballer les choses tout de même !) : « le législateur a nécessairement voulu permettre d’éviter de donner la vie à des enfants atteints d’anomalies graves, en ayant égard, non seulement à l’intérêt de la mère, mais aussi à celui de l’enfant à naître lui-même ». Pour moi, ça sent le retour de la politique nazie contre les handicapés. Ne serait-il pas temps d’agir pour la dignité de tous ?