Oser dépendre dans l’amour

homélie du jour de Noël 2017

Dieu Laon, vitrail de l’Apocalypse, avait un rêve pour l’être humain, celui de lui faire vivre une vie d’amour comme la sienne. Pour cela il le crée à son image, il le crée libre. Mais la liberté peut aussi être utilisée pour dire « non » au lieu de « oui ». Pour dire : je ne veux pas aimer, je ne veux pas vivre la dépendance que crée l’amour, je veux me construire mon univers à moi, être « comme des dieux » (Gn 3,5). Et c’est ce qui est arrivé. Et de là découlent les guerres, les trahisons, le mal sous toutes ses formes, qui détruit la vie, qui brise les personnes, qui cause tant de peine.

Mais Dieu ne voulait pas remédier à cela en restreignant la liberté de l’homme, en réduisant l’humanité au rang de bétail divin. Il choisit plutôt de payer le prix de cette liberté dévoyée. Cela conduira Dieu sur la croix, et nous célébrerons cela dans chaque eucharistie. Mais aujourd’hui nous voulons nous pencher sur ce qui a précédé, sur l’irruption de Dieu dans le cours de l’histoire. Nous voulons comprendre quelque chose pour notre vie dans cette façon qu’a eu Dieu de venir dans le monde, non pas en envoyant seulement des messages, non pas en faisant vivre des apparitions divines, mais en venant lui-même comme un embryon, un fœtus, un nouveau-né.

Le Verbe de Dieu, qui est à l’origine de tout (Jn 1,3), c’est-à-dire son Fils bien-aimé, lui qui était « au commencement », lui qui possède la vie en lui-même, ce Verbe « s’est fait chair » (Jn 1,14). Pour nous ramener au centre de nous-mêmes, d’où nous pouvons aimer, Dieu s’est fait petit enfant. Un petit enfant tout dépendant, pour un être humain qui n’aime plus la dépendance et qui a peur de l’amour vrai parce qu’on accepte de dépendre de quelqu’un et qu’il dépende de nous. Un petit enfant qu’il faut soigner, pour un être humain qui ne rêve que d’autonomie. Un petit enfant à aimer, pour un être humain qui a des projets de grandeur. Un petit enfant né dans une étable, pour un être humain qui cherche le confort.

Le Christ apporte avec lui la « grâce » et la « vérité », dit saint Jean (Jn 1,17). La vérité de notre être vient comme un don, une grâce, et nous pousse à donner. Aujourd’hui devant la crèche nous pouvons pressentir que ce don se vit sur le mode de la tendresse. Devant cet enfant nouveau-né nous comprenons que nous sommes faits pour la tendresse, pour cet amour désintéressé qui se manifeste quand on ouvre son cœur.

Il y a tant de besoins de tendresse autour de nous. Tel grande tante qui est toute seule dans sa maison ou son home. Tel réfugié rencontré furtivement. Telle lointaine connaissance qui aurait bien besoin d’un encouragement. Et en famille aussi, il y a tant besoin de tendresse. Mais souvent, au lieu d’ouvrir notre cœur, nous nous laissons accaparer par mille choses. Et spécialement par ces réseaux (a)sociaux, qui nous absorbent si puissamment. Toute notre énergie spirituelle passe dans le virtuel. Il est temps que cela cesse.

Heureux celui qui paiera le prix d’un changement de vie, qui acceptera de mettre le don de soi-même à l’avant plan, en hommage à Jésus dans la crèche. Car c’est le sens de la vie, c’est le vrai sens de l’Univers entier. À Noël nous recevons la mission de réveiller notre cœur pour de bon. La lumière est venue dans le monde.