Tentés comme le Christ, fermes comme le Christ

homélie du 1er dimanche de carême C, 10 mars 2019

Le peuple attente hébreu devait offrir les prémices des récoltes pour se rappeler tout ce que Dieu avait fait pour lui. Nous venons à la messe pour nous rappeler que le Christ est vainqueur du mal. Et c’est si important de s’en rappeler aujourd’hui (voir l’homélie du mercredi des cendres ci-dessous). Pour affronter le mal, Jésus va vivre les tentations au désert (Lc 4). Il mène le combat spirituel, pour nous apprendre à mener le combat à sa suite. Jésus vit des manques, des manques de biens légitimes, résumés ici dans sa faim. Le diable lui suggère de se servir lui-même. Combien de fois ne sommes-nous pas tentés de ressasser nos manques et de soit gémir sans fin devant Dieu comme si un gémissement de plus le ferait fléchir enfin, soit nous contenter nous-mêmes en nous servant même des personnes pour combler nos manques ?

Jésus vit aussi la peine et la crainte de l’échec devant sa mission à venir : établir le Royaume de Dieu sur toutes les nations. Le diable lui propose des raccourcis, une façon rapide d’être populaire et acclamé, « si tu te prosternes devant moi ». Combien de fois ne sommes-nous pas tentés de nous décourager devant la situation de pauvreté de notre Église, son peu d’impact auprès des jeunes, et plus généralement la difficulté d’être chrétien aujourd’hui ?

Jésus vit enfin des questions sur la présence de son Père : est-il là dans la difficulté, sera-t-il toujours là quand je me risquerai sur des chemins de fidélité sans retour ? Combien de fois ne sommes-nous pas tentés de dire à Dieu : étant donné ce qui m’arrive, je doute que tu sois là et que tu m’aimes ?

Comment le Christ réagit-il ? Comment nous invite-t-il à réagir ? Il ne se regarde pas lui-même, il ne regarde pas ses manques ou ses peurs ; il lève son regard et regarde vers son Père, il arrime son cœur au cœur du Père, il lui redit sa confiance. Au diable il rétorque en rappelant les commandements de Dieu. Alors survient ce fait troublant que le diable lui-même se met à citer la Bible pour induire Jésus en tentation : il est écrit qu’il enverra ses anges te porter sur leurs mains ! Oui, on peut s’opposer à Dieu en isolant un verset de l’Écriture et en le brandissant comme un slogan. Mais Jésus répond avec un autre passage de la Bible, car il connaît l’intégralité de l’Écriture et il est capable de tout tenir ensemble. Son cœur est en harmonie avec toute l’Écriture, il ne cherche pas tel ou tel verset qui va dans son sens en oubliant les autres. C’est pourquoi il nous faut lire la Bible en Église, pas chacun dans son coin car nous ne sommes pas capables de tenir toute l’Écriture ensemble.

Donc Jésus, devant la tentation, revient constamment à son Père. Le centre c’est le Père. Lui, il sait. Il connaît notre vie. Nous, nous réglons notre vie sur lui, sur ce qu’il attend de nous, et sur rien d’autre. Beau et saint carême à vous tous !