Croire en la résurrection rend libre

homélie du 32e dimanche C, 10 novembre 2019

porte L’histoire racontée dans la première lecture se passe à l’époque de la persécution du roi grec Antiochus Épiphane. Celui-ci souhaite soutenir des juifs désireux d’adapter la foi à la mode hellénistique de l’époque, une sorte de mondialisation de l’époque, contre d’autres juifs soucieux de garder la pureté de l’héritage de la foi. Las des incitations plus ou moins pacifiques, il finit par interdire le judaïsme lui-même, et cela conduit à toutes sortes de violences dont celle que raconte cette première lecture. Nous découvrons alors à quel point la foi en la surrection rend libre face à toutes les pressions sociales. Elle permet de rester fidèle à la vérité, quel que soit le prix à payer.

Jésus s’est trouvé lui aussi souvent confronté à la contradiction. Et cette fois-ci, c’est justement sur le point de la résurrection. L’espérance en la résurrection n’était pas partagée par tous les juifs. Les sadducéens, un groupe juif proche du pouvoir politique, refusaient tout ce qu’ils considéraient comme des nouveautés. Pour cela, ils prônaient une fidélité aux Écritures restreinte aux livres tenus pour les plus anciens de la Bible, ceux que l’on estimait venir de Moïse lui-même : la Torah (Gn, Ex, Lv, Nb et Dt). La résurrection passait à leurs yeux pour une invention sans fondement.

Quand Jésus leur répond, ils va donc se fonder pour sa démonstration sur les livres bibliques reconnus par eux. Moïse lui-même fait comprendre que les morts ressuscitent, dit-il, en appelant le Seigneur « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob ». Il n’est pas question de nommer Dieu d’après des morts, car Dieu est le Dieu des vivants. Donc Abraham, Isaac et Jacob sont vivants.

La foi en la résurrection a pu être présentée comme un opium qui endort, qui anesthésie notre responsabilité sociale et notre combat pour la justice. Pourtant, à l’origine du christianisme, quand la foi a dû se développer en étant soumise à la persécution, la foi en la résurrection a permis le développement d’une culture chrétienne dissidente et contestataire des normes sociales de l’empire romain : une culture solidaire, où l’homme et la femme sont égaux devant Dieu, où maître et esclave sont appelés à la même vie, où on refuse l’avortement et l’abandon des nouveaux-nés, etc.

Aujourd’hui, après quelques décennies de conformisme social, où presque plus personne n’ose penser différemment de la pensée unique, on a besoin de retrouver une réelle indépendance pour défendre par exemple la valeur de la vie : la valeur de la vie même quand on souffre, même quand cette vie n’est pas voulue, même quand cette vie dérange… Pour défendre la valeur de la sobriété, d’un bien-être qui ne passe pas par la consommation… Pour défendre une vraie solidarité avec les pauvres, qui passe par une restauration de l’éducation, de la famille, de l’amour du travail… Une vraie indépendance encore pour refuser le chemin de la facilité et choisir ce qui est noble, pur, grand, fidèle, généreux… Pour oser se rappeler enfin qu’il y a une vie qui dépasse le plan matériel, qu’il y a une vie spirituelle qui nous distingue des animaux et qui nous permet de nous poser les questions ultime : d’où venons-nous ? Quel est le sens de la vie et de l’univers ?

Vivre comme cela, penser comme cela, c’est un mode de vie contestataire. La foi en la résurrection permet de s’engager sur un tel chemin, même si nos amis ne nous comprennent pas, même si cela doit nous coûter. Nous n’aurons pas peur de risquer notre vie, ou de passer à côté d’une des possibilités de l’existence terrestre. Mais nous serons heureux car nous ne serons pas des suiveurs. Nous vivrons selon ce que nous montre notre cœur profond, qui est fait pour la vérité. Nous nous donnerons nous-mêmes, et c’est pour cela que nous sommes faits.