homélie du 5e dimanche A, 9 février 2020

attente Jésus nous révèle un élément inattendu de notre vocation de baptisé : nous sommes le sel de la terre, nous sommes la lumière du monde ! Notre premier réflexe sera sûrement de dire : n’exagérons pas, et d’ailleurs il y en a d’autres, et les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres, etc. Et si au contraire nous accueillions cette révélation que le Christ nous fait : nous sommes le sel de la terre, nous avons ce pouvoir de donner du goût à la vie des autres, de la rendre savoureuse pour eux-mêmes. Nous sommes la lumière du monde, qui réjouit le monde, le rassure, en chasse les ténèbres. C’est comme ça. Et n’allons pas faire les gênés et mettre la lumière sous le boisseau !

Comment serons-nous sel et lumière ? Isaïe nous a donné une bonne piste quand il répond au peuple qui dit : Dieu est loin, nous ne ressentons plus son amour, nous le trouvons bien abstrait… Isaïe leur dit : ta nuit deviendra lumière si tu ouvres ton cœur, si « tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux » (Is 58,10). Il leur dit encore quelques autres choses que je vous laisse relire dans ce magnifique chapitre 58. Voilà un exemple des actions qui nous empêcherons de perdre notre goût et de devenir du sel fade ou une lumière que l’on cache sous un seau.

Il reste encore un point crucial. Jésus a terminé son enseignement en disant : « les hommes, voyant ce que vous faites de bien, rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » (Mt 5,16). Il ne dit pas qu’ils nous rendront gloire à nous, comme s’ils disaient : ah, ils sont bien ces chrétiens ! Non, rassurez-vous, ils ne vous mettrons pas vous sur un piédestal. C’est le Père qu’ils glorifieront. Et comment cela se fera-t-il ? Cela se fera si nous suivons la recette de saint Paul : « je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage ou de la sagesse ; parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié » (1 Co 2,1-2). Autrement dit : je ne suis pas venu vous enseigner les valeurs chrétiennes, ou le sens caché du christianisme comme un réservoir de symboles et de mythes. Je suis venu vous parler de Jésus et du chemin de faiblesse qu’il a pris.

Pour que ce ne soit pas nous que les gens glorifient, mais Dieu, il ne faudrait pas que nous fassions le bien au nom d’un humanisme plus ou moins chrétien. Laissons l’humanisme à d’autres. Quant à nous, faisons ces belles choses parce que nous voulons imiter Jésus. Et si on nous dit : pourquoi accueilles-tu des migrants ? Pourquoi es-tu si généreux dans le partage ? Pourquoi accueilles-tu cet enfant handicapé ? Que nous puissions répondre : parce que je veux faire comme Jésus, parce que Jésus nous l’a demandé dans l’Évangile. Rassurez-vous, les gens ne vont plus vous glorifier vous-mêmes, mais le chemin est ouvert pour qu’ils finissent par glorifier notre Père.