homélie du 5e dimanche de carême, 29 mars 2020

fragiles et belles Aujourd’hui nous recevons deux messages qu’il est très important de tenir ensemble. Le premier c’est que Jésus est l’envoyé du Père. Il n’est pas un envoyé comme ceux que l’on a déjà connu, comme les prophètes d’autrefois : lui, il est le Seigneur de la vie, au point que la mort ne peut pas lui résister. Personne n’a fait ce qu’il a fait. Nous le voyons lorsqu’il ramène à la vie Lazare qui était mort depuis plus de quatre jours. Jésus est l’envoyé du Dieu de vie, il l’appelle Père et il a avec lui une intimité qu’on n’a encore jamais vue : « je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours » (Jn 11,42). Ce que Jésus fait là est bouleversant, et un certain nombre de personnes vont mettre leur foi en Jésus suite à cet événement. Mais elles devront encore progresser dans la foi, car il leur faudra accepter aussi le second message, bien plus difficile à recevoir.

Ce message c’est que Jésus est aussi un homme menacé, qui doit redoubler de prudence en rentrant en Judée car on cherche à le lapider (v.8), si bien que retourner en Judée c’est déjà commencer à mourir (v.16 et 50). Jésus est l’envoyé qui domine sur la mort et qui en même temps acceptera que la mort s’empare de lui et qu’elle anéantisse sa vie.

Nous qui voulons être disciples — est c’est la plus grande chose qu’on puisse désirer —, accueillons dans notre cœur ces deux réalités. Car, par moment, dans notre vie nous sommes unis au Christ glorieux qui triomphe de la mort et de tous ses ennemis ; et par moment nous sommes au pied de la croix, tout s’effondre autour de nous, il n’y a plus aucune assurance. N’allons pas croire que Dieu n’est plus là dans ces moments de détresse, car c’est encore un moment où Dieu se révèle et agit. C’est justement là, au cœur de la détresse, qu’il agrandit notre vie et qu’il prépare ses meilleurs coups. C’est là, lorsque nous sommes fidèles au Christ malgré la peur ou la souffrance, c’est là qu’il renverse le pouvoir de la mort et de tout ce qui tourne autour : la peur, le repli sur soi, l’égoïsme, le rejet des autres, l’amour de l’argent. Nous sommes pris dans le grand combat de Dieu contre le mal. Si spontanément nous espérons trouver chez lui des armes de facilité, assez souvent il ne nous propose que des armes de fidélité, les mêmes qu’il a données à Jésus son Fils pour mener à bien sa mission.

Cela est au-dessus de nos forces. Comment être un disciple à ce prix ? C’est si grand, si vertigineux ? Le Père le sait, et il nous donne son Esprit au plus profond de nous, pour réaliser cette fidélité qui trace le chemin de la victoire. L’Esprit nous aidera à prier comme il faut. Car prier ce n’est pas demander à Dieu que les choses s’arrangent comme nous le voulons. Prier, c’est demander à Dieu de réaliser sa victoire dans nos vies et dans le monde ; c’est s’unir à Dieu, se mettre résolument de son côté, car nous contemplons son visage d’amour, son sourire posé sur nous, et nous désirons vivre toujours avec lui. Prier, c’est s’acheminer vers le Père et entraîner les autres avec nous.

Nous sommes confinés chacun chez soi. Vivons notre prière tous ensemble, comme un effort commun d’acheminer le monde vers le Père, un grand « oh-hisse » à l’abordage du Royaume. Nous le faisons à la suite du Christ, notre berger, le premier-né d’entre les morts.