homélie du 22e dimanche A, 30 août 2020

Maastricht, Vierge du Wilhelminasingel Il ne manque pas de gens qui accusent Dieu lorsque le mal les frappe. Nous-mêmes sommes tentés de prendre nos distances avec le Seigneur lorsque nous souffrons. Nous le faisons par un réflexe humain, mais en faisant cela nous commençons à faire l’œuvre du diable. Quand la croix surgit dans notre vie, notre premier réflexe est de frapper le Seigneur avec cette croix. Pour comprendre le sens de ce que nous vivons, et spécialement le sens des difficultés que nous devons surmonter, il est nécessaire de se placer dans le grand combat de Dieu contre l’adversaire — étymologiquement, le « satan » — qui cherche à damner le monde, à le couper de son Créateur, à l’enfermer loin de la source de vie.

Le mal que nous faisons, le mal que nous subissons, le mal qui nous fait souffrir, tout cela est entré dans le monde par la jalousie du diable (Sg 2,24), qui voulait détruire l’œuvre de Dieu et spécialement le lien qui nous unit à Dieu. Le péché, même les péchés qui semblent plaisant, nous abîment, esquintent notre âme, ternissent notre espérance, refroidissent notre cœur. Le péché fait entrer la détresse dans le monde, au détriment de tout le monde.

Devant cette détresse générale, comment réagir ? Saint Pierre pensait que Dieu épargnerait ces épreuves à celui qui est proche de lui. Jésus le détrompe vigoureusement : penser cela, c’est parler comme satan. Oh, combien de chrétiens parlent ainsi quand ils en veulent à Dieu de ce qui leur arrive ! Devant cette détresse générale, il n’y a qu’un seul chemin d’épanouissement et de bonheur, que le Christ trace en disant : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. » (Mt 16,24-25)

Voilà le projet qui nous permettra de trouver notre chemin au milieu des difficultés de la vie. Et qu’est-ce que renoncer à soi-même et perdre sa vie ? Ce n’est pas éteindre ses désirs et se former un cœur tout étroit. Ce n’est pas non plus se déprécier soi-même et croire qu’on ne vaut rien. Les grandes et belles aspirations en nous, c’est Dieu qui les a mises. Perdre sa vie, la perdre aux yeux du monde, c’est orienter notre désir dans le sens de l’amour le plus fort, le plus dynamique, le plus rayonnant. Saint Paul nous en donne la recette : « Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps — votre personne tout entière —, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu » (Rm 12,1). Faire de notre vie un grand don d’amour (c’est cela le « sacrifice ») au Seigneur, nous mettre à aimer les autres comme lui, voilà le remède à la tristesse, à l’inquiétude, au découragement. Voilà le moyen de gagner sa vie, de ne pas la laisser filer dans des choses qui n’ont aucun avenir et qui sont toujours précaires.

Lorsque nous sommes conscients que nos actions sont un épisode du grand drame qui oppose Dieu aux forces des ténèbres, nous pouvons vivre les défis de notre vie en nous plaçant à chaque fois dans le camp de Dieu. Si nous prenons le point de vue rationaliste qui ignore ce combat, alors nous finissons généralement par chercher le sens de notre vie à partir de nous-même, de nos possibilités, puis de notre intérêt. Et au lieu de prendre le parti de Dieu nous prenons le parti de notre ego, et demandons même au Seigneur d’être au service de notre épanouissement évalué à notre mesure. Alors que le Christ nous disait que qui veut sauver sa vie la perdra, et qu’on gagne sa vie à la perdre pour lui ! Seigneur, fais-nous chercher le vrai épanouissement, celui qui est à ta mesure, celui que tu donnes lorsqu’on perd sa vie pour toi !