homélie du 5e dimanche de carême, 21 mars 2021

passage étroit Aujourd’hui le Seigneur veut nous parler de la nouvelle alliance qu’il rêve de nous offrir. À quoi ressemble l’alliance avec Dieu? Comment le dire alors que nous sommes bien incapables d’imaginer Dieu? Lui-même nous en donne une idée, que je crois pouvoir résumer d’un mot : intimité. Cette intimité entre l’homme et Dieu est faite d’une adhésion intime de notre cœur à la volonté et au cœur de Dieu : «j’inscrirai ma Loi sur leur cœur», dit-il (Jr 31,33). «Tous me connaîtront»… «Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple». Voilà ce dont rêve Dieu : une intimité vivante avec nous, où nous le choisissons de tout notre cœur autant qu’il nous a choisis. Par cette intimité, sa vie coule en nous et irrigue les parties les plus arides de notre être. Par cette intimité, une joie du ciel nous est donnée, qui baigne notre cœur d’espérance et de lumière. Nous traversons les difficultés de la vie en disant : le Seigneur est pour moi, qui sera contre moi? Par cette intimité, nous apprenons jour après jour à devenir le peuple de Dieu, son Église bien-aimée.

Cette intimité que Dieu cherche avec l’homme, lui a bien coûté. A posteriori on le comprend bien : quel risque quand Dieu s’approche si près de celui qui l’a refusé, de l’homme pécheur qui dit qu’il ne veut agir que selon ses propres vues! Dieu se fait vulnérable, car il veut cette intimité et non pas nous prendre de haut. Mais c’est nous qui l’avons pris de haut et qui l’avons refusé. Jésus, le Fils de Dieu venu en ce monde nous offrir l’alliance, est obligé de prendre un chemin de souffrance à cause de notre manière de nous méfier de lui, de mettre des conditions ou même de le refuser. Alors, sa défense et sa victoire sont de se donner lui-même, d’être le grain de blé qui meurt pour porter beaucoup de fruit. Cette perspective le bouleverse, mais il ose encore nous dire que c’est cela le chemin lorsque l’on marche dans un monde blessé par le péché : «qui aime sa vie la perd; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle.» (Jn 12,25). Soyons plein de reconnaissance envers le Seigneur Jésus, qui a payé le prix de l’intimité qu’il voulait offrir à l’humanité. Et demandons la force de donner nous-mêmes notre vie à sa suite. Soyons aussi plein de reconnaissance pour l’Église qui propose à chacun ce chemin de lumière qui consiste à offrir sa vie au Père à la suite du Christ. C’est ce que nous vivons dans l’eucharistie. C’est ainsi que nous entrons dans l’intimité bienheureuse de notre Créateur.

Je voudrais dire encore un mot au sujet du débat qui agite l’Église de Belgique au sujet des unions homosexuelles. Il y a eu un document venant de Rome qui disait à peu près ceci : Dieu aime toutes les personnes, et donc aussi bien sûr les personnes homosexuelles, et l’Église fait de même. C’est pourquoi l’Église veut aider chacun à réaliser la volonté de Dieu dans sa vie. Certains prêtres en ont conclu que l’on pouvait bénir des unions homosexuelles : pas seulement bénir les personnes, mais bénir leur union en tant que telle. Là, il ne suffit pas de regarder la bonne intention des personnes, qui peut être réelle. Il faut aussi regarder si quelque chose qui ressemble au mariage entre l’homme et la femme existe dans le plan de Dieu pour deux hommes ou pour deux femmes. Et là, comme l’a dit le pape François, il n’y a «aucun fondement pour établir des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille» (Amoris lætitia №251). À cause de cela, l’Église n’a pas le pouvoir de bénir les unions de personnes de même sexe.

Je suis reconnaissant à l’Église d’aimer les personnes homosexuelles au point de leur indiquer un chemin exigeant à la suite du Christ. Non pas le chemin d’une imitation du mariage — comme l’a choisi notre société pour contenter tout le monde —, mais le chemin d’une autre forme d’intimité, du genre de l’intimité qu’offre l’amitié intime, une voie non sexuelle, une voie de proximité qui passe par la maîtrise de soi et l’élévation de l’être. Que l’Esprit donne à chacun de comprendre comment il peut se détacher de sa vie en ce monde pour la garder pour la vie éternelle.

N.B. : Il y a quelques années j’ai écrit deux articles qui permettent de creuser la question : en 2015, évoquant déjà la position de Mgr Bonny, au sujet des unions. Et en 2017, plus largement sur le regard que la foi permet de poser sur l’homosexualité.