homélie du 28e dimanche A, 15 octobre 2023

Conques Nous sommes les invités aux noces du Christ et de l’Église. C’est-à-dire que Dieu lui-même nous permet de prendre conscience de son amour pour l’humanité, cet amour qui est vécu dans l’Église — vécu parce qu’échangé, selon la loi de tout amour. Beaucoup d’invités, nous dit le Seigneur, n’ont pas pris la peine de venir. Dès lors, ils n’ont même pas conscience de cet amour de Dieu car ils n’ont jamais pris la peine de s’y consacrer, ni même peut-être d’y penser. Pour eux, pour beaucoup de nos contemporains, ces noces n’existent pas ; il n’y a pas d’amour de Dieu pour l’humanité. Et ce refus intérieur en pousse certains à devenir violents envers les serviteurs qui annoncent l’amour de Dieu. Cela nous étonne, mais c’est une réalité, et une partie de l’anticléricalisme à l’œuvre dans notre société trouve sa racine dans le refus obstiné d’envisager que l’on est aimé d’En-haut.

Y a-t-il des préparatifs à faire pour participer à ces noces d’amour de l’Église et du Christ ? Pour y participer, il ne suffit pas de venir, mais on met un vêtement de noces. C’est-à-dire que pour entrer dans la vie d’amour entre le Seigneur et son Église il ne suffit pas d’être présent, c’est-à-dire d’avoir la foi, mais il faut vivre dans la charité, dans un amour sincère des frères et sœurs. Ce vêtement de noces qu’il faut revêtir est la charité, et aussi la miséricorde du Seigneur que l’ont vit dans le sacrement de la réconciliation lorsqu’on a oublié la charité. Celui qui n’a pas pris la peine de revêtir ce vêtement de noces et qui se fait démasquer par le Seigneur — est-ce une image du jugement dernier ? — se rend compte de la distance qu’il a laissé s’installer entre son cœur et ce qui est proposé dans le Royaume de Dieu. Il en reste muet, complètement inactif, signe du désastre qu’est devenu sa vie, lui qui avait été créé pour aimer et qui avait négligé cela obstinément. Craignons d’avoir eu la foi sans la charité et sans même un sain repentir !

S’il y a des préparatifs à faire, comment les mener ? On dirait qu’il n’y a pas de tri pour entrer dans la salle du banquet ; les participants à la noce sont choisis sans aucun mérite ; y sont entrés les mauvais comme les bons. L’Église est ouverte à tous. Tous y ont leur place, mais ce n’est pas pour rester tel quel, ce n’est pas pour finir sans le vêtement de noces : l’Église est le lieu où on se convertit ! Si nous vivons dans l’Église, c’est pour sortir de l’égoïsme, de l’attitude de jouissance, de l’orgueil, de la paresse, de l’esprit de vengeance, de la superficialité. En sortir graduellement, sans doute, c’est-à-dire pas à pas, mais résolument ! Tous ont leur place dans l’Église, mais qu’ils veillent à se revêtir peu à peu du vêtement de noces, d’une attitude conforme au lien d’amour véritable qui se vit dans la vie éternelle — et quand je parle d’amour véritable, je veux mettre en garde contre l’amour d’intérêt, celui qui se présente comme une passion authentique, mais est en réalité dicté par le désir de satisfaire un pur besoin humain. Ce genre d’amour se réclame volontiers de l’Évangile, mais il nous trompe en nous centrant sur nous-mêmes.

Si nous marchons sur ce chemin de la conversion, si nous cherchons à venir ainsi au banquet des noces, nous pourrons vivre ce qu’Isaïe annonçait, cette merveilleuse consolation qui voit notre espérance comblée. Nous tressaillirons à cette voix : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c’est lui le Seigneur, en lui nous espérions ; exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! » (Is 25,9)

Dépêchons-nous de revêtir le vêtement de la charité, de l’amour véritable ! Laissons-nous embraser par la grâce de cette invitation extraordinaire ! Qui sommes-nous pour que le Seigneur nous veuille ainsi à ses côtés ? Ah, quelle grâce ! Qu’il nous donne un cœur de plus en plus pur !