Un nouveau regard sur notre vie

homélie du jour de Noël 2018

La science contemporaine ouverture, Cicalpa Vieja, Équateur nous donne de nouveaux indices de la grandeur de Dieu. Il y a 100 ans, à l’époque où des scientifiques croyaient que la science balaierait la religion, on ne savait pas encore à quel point l’univers était gigantesque1. Aujourd’hui, penser à sa taille ou à son âge donne le tournis. La dimension de l’univers est proprement inimaginable tant elle est grande. On en tire alors argument pour dire : si nous sommes si petits dans cet univers si vaste, c’est sûrement que nous sommes là par hasard, que la vie humaine n’a aucune signification particulière.

Parallèlement, notre conception de Dieu et du Fils de Dieu s’est étrangement étriquée. Parfois même on pense que le fait que Jésus était Fils de Dieu ou pas ne change pas grand chose. Que ce qui est grand et noble, c’est surtout son message — bien que ce message soit souvent résumé en des formules pathétiquement banales comme « aimez-vous les uns les autres », « ouverture », « tolérance ». Jésus est un leader inspirant comme il y en a à toutes les époques, et on peut admettre la petite partie de son enseignement qui peut être recyclée dans les catégories de notre mentalité contemporaine.

La foi chrétienne propose une toute autre vision. Nous affirmons l’infinie grandeur de Dieu, qui dépasse de très loin tout ce qu’on peut imaginer. Nous parlons du Fils de Dieu égal au Père, et nous l’appelons le « Verbe », c’est-à-dire la Parole et donc aussi la raison, la compréhension. Saint Jean exprime cela en disant : « c’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui » (Jn 1,3). Tout cet univers des planètes, des galaxies, ordonné par des lois extraordinairement équilibrées, tout cet univers vient du Verbe de Dieu, de ce Fils bien aimé qui dépasse tout cela de fort loin, lui « qui porte l’univers par sa parole puissante » (He 1,3).

Nous pourrions alors imaginer que Dieu trône incroyablement loin de nous et que nous ne sommes rien pour lui. Mais c’est le contraire : la vie qui est en Dieu est notre lumière, elle brille sur nos cœurs (v.4). Les prophètes ont annoncé les mouvements de Dieu vers nous. Ils ont été les messagers de Dieu qui veille sur son peuple et le « console » (Is 52,9). Et voici Noël, la démarche la plus merveilleuse qu’on puisse imaginer : le Fils de Dieu qui a créé tout l’univers se fait homme et commence par être un nouveau-né. Ici, plus question d’un être humain perdu dans un coin de l’univers. « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14). Notre chair, notre vie avec ses limites, a pu accueillir le Dieu de tout. Voilà de quoi Dieu avait fait l’homme capable !

Nous pouvons refuser tout cela, être de ceux dont saint Jean dit : « le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu » (v.10-11). Ou bien nous pouvons accueillir la bonne nouvelle de Noël : « à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (v.12). C’est une immense réconciliation que le Christ nous apporte. À un homme isolé, qui se replie sur ce qu’il peut se procurer par lui-même, ce qu’il peut réussir par lui-même, ce qu’il peut espérer par lui-même, un homme qui essaie de gérer simplement son existence le mieux possible… à cet homme-là Dieu vient offrir de se savoir choisi et aimé, de se savoir enfant du Créateur de tout l’univers et de tous ses frères. Il nous permet de croire en la vie même quand elle ne nous sourit pas. Il nous permet de nous savoir en route vers la lumière même quand l’égoïsme et le mensonge nous accablent. Accueillons le Christ, qui vient tout changer dans la vision de notre vie et de celle de nos proches. Que sa venue nous permette d’oser une nouvelle façon d’aimer, de pardonner, d’espérer.

(pour l’homélie de la veille, voir ce lien)

1C’est Edwin Hubble en 1925 qui mesurera la distance qui nous sépare des « nébuleuses spirales » pour en conclure qu’elles n’appartiennent pas à notre galaxie mais sont énormément plus loin.