Habiter du côté de la lumière

homélie de la fête de la Chandeleur 2019

Syméon dit abbaye de Fontenay que le Christ est lumière pour éclairer les peuples. Comment est-il lumière ? Puisque le cours du jour et de la nuit n’a pas changé, nous comprenons qu’il s’agit d’une lumière intérieure, qui éclaire et réjouit le cœur, mais comment ?

Quelles sont les ténèbres qui nous guettent ? Ce sont celles d’une vie qui n’a pas de sens et pas d’amour ; les ténèbres d’une vie où on ne peut espérer que l’addition de petits plaisirs, mais dont l’horizon est bouché, et qui vient buter sur la mort vue comme la fin de tout. Ce genre de ténèbres qui planent sur nos vies, on appelle cela, dans la foi chrétienne, le péché. Spontanément nous n’associerions pas le péché avec la perte de sens et la mort, car nous pensons que le péché c’est une infraction, faire quelque chose d’interdit. Mais en réalité le bien ce n’est pas un règlement, ce n’est pas un catalogue de bonnes choses à faire et de mauvaises choses à éviter, comme sur les brochures de la prévention santé. Le bien c’est quelqu’un, c’est Dieu notre Père qui nous aime, et pécher c’est lui tourner le dos, c’est laisser se distendre le lien entre lui et nous. Voilà les ténèbres qui nous guettent : un lien de plus en plus flou avec Dieu qui est la source de la vie, de la joie, de la lumière. Alors notre cœur se refroidit et la vie perd de son élan. Nous prenons de moins en moins de risques pour aimer jusqu’au bout, pour être fidèles, pour nous donner nous-mêmes. Nous roulons à l’économie, le cœur un peu désabusé, et quand vient la mort nous pouvons penser facilement que Dieu nous a abandonnés ou que décidément il n’existe pas.

Alors bien sûr, dans cette situation nous avons besoin que la lumière vienne à nous. Et Dieu qui voyait ses enfants lui tourner le dos et partir loin de lui, au lieu de les attraper au lasso comme on le ferait avec du bétail, il est venu au milieu de nous, pour nous convaincre de faire confiance à son amour. Il est venu nous apprendre le chemin de la foi, par lequel nous retournons vers Dieu.

Alors nous lui avons dit : mais il y a le mal, qui détruit tant de vies, et il y a la mort, qui nous arrache ceux que nous aimons. Que répond-il ? Il répond par son amour jusqu’à la passion, la croix et le tombeau. Ce glaive qui transpercera le cœur de Marie, la mère du Christ. L’auteur de la lettre aux Hébreux résume cela avec force. « Jésus a partagé notre condition : ainsi, par sa mort, il a pu réduire à l’impuissance celui qui possédait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable, et il a rendu libres tous ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves » (He 2,14-15).

Voilà, cette lumière est là, elle est implantée solidement au milieu de nous par la vie de l’Église, par la vie de nos communautés disséminées sur la Planète. Parfois, c’est péniblement que nous tenons dans la foi. C’est notre part de peine pour garder les yeux fixés sur la lumière même quand elle est voilée par beaucoup de choses. Mais nous pouvons nous redire sans cesse : Celui qui est la lumière est venu au milieu de nous pour surmonter le mal et faire de la mort un chemin vers la vie. Par la foi nous pouvons nous engouffrer après lui dans la brèche. Notre vie retrouve le sens d’une vie où on se donne par amour et où la lumière sera victorieuse. Dieu est là et il nous aime.