côtoyer l’amour qui va jusqu’au bout

homélie de la fête du Saint-Sacrement, 7 juin 2015

Il n’est pas rare Bourges, vitrail du mystère pascal de rencontrer une mère, un père qui donneraient assez spontanément leur vie pour leur enfant en danger. C’est la manifestation d’un amour très fort, qui impressionne. Un jour qu’il méditait sur ce que le Christ a fait dans sa passion saint Paul s’exclame : « Alors que nous n’étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les impies que nous étions. Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. » (Rm 5,6-8). Ce constat d’amour de Dieu que fait saint Paul, plus grand encore que l’amour des parents pour leur enfant, nous donne la clef de ce que nous célébrons aujourd’hui dans la fête du Corps et du Sang du Christ, la fête du Saint-Sacrement.

Dans quel danger étions-nous ? Le danger d’une vie déconnectée, d’une vie qui ne trouve plus son sens car elle s’est coupée de celui qui est la source de la vie. Certains éprouvent cet état de perdition lorsqu’ils se mettent à chercher leur bonheur dans des expériences toujours nouvelles qui ne les remplissent jamais, dans des nouveaux biens à posséder, de nouvelles amours à vivre, de nouveaux voyages toujours plus étonnants. Tout cela sans tenir compte de nos responsabilités envers les plus pauvres, sans se soucier de la solidarité ni rechercher un usage sobre des biens matériels. La fuite en avant, c’est un des signes de la vie dans le péché, de la vie déconnectée de Dieu. Il y a aussi le cœur perpétuellement insatisfait, la rancune, le désir de vengeance, l’indifférence, et tant d’autres choses.

Dans ces situations nous avons besoin de la grâce de Dieu, nous avons besoin qu’il vienne à notre secours et d’abord nous avons besoin de crier vers lui. Notre cœur doit être réparé et il ne peut l’être que lorsque le Christ, le Fils de Dieu, donne sa vie pour nous.

C’est le sang de l’alliance, versé pour la multitude. Il est le sang de l’alliance parce qu’il est le sang de Celui qui dit oui là où nous avions dit non, le sang de celui qui dit oui à l’humanité quelles que soient ses rebellions et qui dit oui à Dieu quelle que soit la dureté du chemin de la réconciliation que Dieu veut.

Le Christ n’a pas seulement donné sa vie une fois pour toute dans le passé, il a aussi fait que cette offrande de lui-même nous rejoigne à toutes les époques. Il a institué pour cela l’eucharistie. L’eucharistie n’est pas seulement un souvenir, mais un « mémorial », c’est-à-dire que l’offrande du Christ est à nouveau présente devant nous et pour nous. Dans l’eucharistie je suis en contact avec le Christ livrant son corps et versant le sang de l’alliance nouvelle et éternelle. Son corps et son sang me disent que son amour ne renonce devant aucun obstacle. Et ce n’est pas seulement moi individuellement qui vit cela, mais uni à tous ceux qui sont assemblés, uni à l’Église aimée par le Christ et formée par le Christ : formée comme son Corps — de sorte que nous sommes le Corps du Christ.

Nous vivons donc un contact avec le Christ donnant sa vie par amour, avec le Christ époux se sacrifiant pour son épouse l’Église. Ce contact est d’une importance spéciale pour les époux mariés religieusement, qui sont encouragés par l’eucharistie à persévérer dans la fidélité du don d’eux-mêmes, sans renoncer devant aucun obstacle, en aimant comme le Christ. Les époux trouvent une force nouvelle pour renouveler leur sacrement de mariage. Et plus généralement, il est bon que tous les baptisés se laissent émouvoir et interpeller par ce don total du Christ. Car la réponse logique à ce don est le don généreux de nous-mêmes pour vivre l’Évangile dans sa radicalité. Nous ne ferons pas ce don de nous-mêmes comme une sorte de compensation, mais comme l’adhésion à une alliance d’amour qui nous précède. Béni soit Dieu de nous aimer ainsi !