Renouvelés par la foi

homélie de Pâques 2019

Voilà Bourges, vitrail du mystère pascal comment commence la prise de conscience de la résurrection du Seigneur (Lc 24,1-12). La résurrection du Christ, les apôtres iront l’annoncer jusque très loin de chez eux, dans des cultures très différentes de leur culture d’origine. Chez nous, on connaît mal la diffusion du christianisme vers l’est, jusqu’en Inde, sous l’impulsion de l’apôtre Thomas, mais on est documenté depuis des siècles sur la diffusion du christianisme vers l’ouest, y compris la présence de saint Pierre à Rome. Il ira jusqu’à donner sa vie par fidélité au Christ ressuscité. Mais pour le moment, cela commence en mode mineur : ce que les femmes racontent au sujet de la résurrection sont des « propos délirants », et Pierre rentre perplexe à la maison.

Cela fait longtemps que Dieu avait annoncé qu’il ne laisserait pas l’humanité en plan. Abraham verrait une grande descendance, une descendance bénie. La manière dont Dieu libère son peuple de l’Égypte à main forte et à bras étendu va devenir l’emblème de son désir de sauver. Et même quand nous avons mérité la colère de Dieu, c’est encore sa tendresse qu’il veut nous donner, lui l’Époux de son peuple. Il veut même nous donner un cœur nouveau, un cœur de chair à la place de notre cœur de pierre, un cœur pour aimer et se réjouir d’aimer. Dans ces conditions, comme l’humanité serait changée, renouvelée, jubilante !

Quel beau projet, ce projet de Dieu, mais comment va-t-il se réaliser ? Le premier épisode est la victoire du Christ sur la mort, cette mort qui restreint notre horizon et nous pousse à nous replier sur nous-mêmes. Cette victoire n’est pas remportée par une action qui nous est étrangère, mais par la traversée de la souffrance, de l’abandon, de la solitude. Le Christ retourne contre le mal ses propres armes, et au moment où le mal semble victorieux il est défait sur toute la ligne.

Le deuxième épisode de la réalisation du projet de Dieu, c’est la foi de l’humanité au cours des âges et c’est notre foi. Dieu ne veut pas accomplir son œuvre sans nous ou contre nous : il a voulu agir par notre adhésion à lui, par notre foi. Chaque fois qu’au milieu des doutes que la société ou notre propre esprit murmurent en nous, nous faisons le choix du Christ, de l’écouter, de l’aimer, nous laissons la victoire de Dieu prendre pied en nous.

Ce n’est pas facile, mais le point de départ est solide : ce ne sont pas des apôtres crédules et instables, mais des apôtres qui n’avalent pas l’idée d’une résurrection sans en avoir fait l’expérience — on racontera cela les dimanches suivants — et qui ensuite vont jusqu’à donner leur vie en témoignage de leur foi. Le point de départ est solide, contrairement à ce qu’on raconte souvent. Et pour le reste nous sommes avertis : la foi est un combat. Nos frères et sœurs catéchumènes nous le rappellent. Ils vont être baptisés, mourir avec le Christ pour ressusciter avec lui. La foi, c’est cela au jour le jour : mourir avec le Christ pour ressusciter avec lui. Vivre de foi, c’est abandonner une ancienne façon de voir et de penser, pour en épouser une nouvelle, marquée par le Christ, par son enseignement et par sa personne. Vivre de foi, au milieu d’un monde incroyant, c’est renoncer à beaucoup de choses, fixer l’être ancien à la croix ; pour recevoir bien plus de choses encore, devenir un être nouveau, habillé de force, de paix, de joie, de stabilité. Qu’est-ce qui nous donne cela ? La relation avec le Christ, son amour posé sur nous et que nous accueillons.

Vivons la foi, continuons ce temps de Pâques, qui dure 50 jours, sous le signe du renouvellement de nous-mêmes. Cela sera très bon pour nous, et très bon pour l’humanité entière, qui a besoin de femmes et d’hommes renouvelés. L’Évangile est le ferment d’un monde nouveau et beau. Travaillons-y ensemble !