homélie de la fête de la Sainte-Famille 2020

Paques (Tarn, Castelnau-Pégayrols) L’histoire d’Abraham et de Sara qui nous est racontée deux fois dans les lectures nous montre que le Seigneur se soucie de la fécondité de notre vie. Et même les couples qui ne parviennent pas à avoir d’enfants — il ne faut pas chercher à tout prix comme on le propose maintenant par toute sorte de techniques — peuvent trouver par le Seigneur une fécondité spéciale et très belle. Cf. le roi Baudouin et la reine Fabiola. Le mois passé j’ai célébré les funérailles de deux dames qui n’avaient pas pu avoir d’enfant, mais qu’est-ce que leur vie a été féconde, rayonnante d’amour pour beaucoup !

C’est par la foi que la vie d’Abraham fut féconde. D’ailleurs, pour qu’il ne referme pas les mains sur l’enfant qui lui avait été donné, Dieu lui demandera encore de l’offrir en sacrifice. Ce fut une épreuve pour Abraham et, parce qu’il l’a vécue dans la foi, elle a agrandit sa vie.

Marie et Joseph découvrent la fécondité de leur vie à travers ce que leur annonce Syméon. De nouveau, ce n’est pas la fécondité d’une vie tranquille, que l’on a bien prévue, pour laquelle on s’est donné des sécurités. Ce n’est pas la fécondité d’une vie où les attentes légitimes sont comblées. Ce n’est pas le bonheur d’une vie sans souffrance. Mais c’est la fécondité d’une vie vécue dans la vérité de l’amour, dans l’offrande de soi à Dieu. Une vie où on se fait l’allié de Dieu coûte que coûte, dans le désir de participer à sa volonté de terrasser le pouvoir du mal qui cherche à s’infiltrer partout. Marie et Joseph acceptent cela, ils ne comprennent pas tout mais il prennent le parti de Dieu, ils avancent dans la fidélité. Ils ne veulent rien d’autre que son salut et ils savent que cela ne veut pas dire une vie confortable.

Nous non plus, ne faisons pas l’option d’une vie confortable. Notre cœur s’y ennuierait trop. Pas étonnant que plein de gens s’ennuient en profitant de leur confort et finissent pas inventer des modes de vie égoïstes où on brise un mariage pour des raisons somme toutes futiles — je ne dis pas qu’il n’y a que des raisons futiles dans les divorces, mais il y en a quand même beaucoup trop. On s’ennuie dans une vie matérialiste, parce qu’on est fait pour l’aventure, la vraie aventure : celle du don fidèle de soi à l’autre et à Dieu. Tout en nous aspire secrètement à l’aventure qui consiste à surmonter son égoïsme pour devenir une personne qui aime, qui fait grandir, qui ouvre un avenir.

Prenons Jésus dans notre vie, dans notre famille. Il ne sera pas un gamin facile, car il nous montrera le chemin du « toujours plus ». Nous ne serons plus jamais tranquilles. Mais nous serons heureux, parce que de notre cœur coulera un fleuve d’amour alimenté par l’Esprit Saint. Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. Non pas à la manière du bourgeois satisfait de ses acquisitions. Non pas à la manière du transhumanisme, où on piétine les capacités spirituelles de l’être humain. Mais à la manière de la foi, lorsqu’on laisse le Seigneur agrandir notre cœur pour le rendre à la taille de son cœur.