homélie de la fête de l’Épiphanie du Seigneur, 3 janvier 2021

Chimborazo, quand tu nous tiens À l’époque du troisième Isaïe, dont nous avons entendu un extrait — le livre d’Isaïe est en effet une compilation de trois auteurs d’époques différentes —, le peuple juif est découragé parce que le renouveau n’arrive pas. Après des siècles glorieux, il souffre de son insignifiance. Alors il a dû y avoir une grande surprise d’entendre ces promesses faites par le prophète : Debout ! Elle est venue, ta lumière ! Sur toi se lève le Seigneur ! Les nations marcherons vers ta lumière…

La situation de l’Église aujourd’hui est comparable à ce marasme du temps d’Isaïe. L’Église a vu l’accomplissement de la promesse, et elle Le porte en elle. Mais nous disons « que ton Nom soit sanctifié » en constatant qu’il l’est si peu dans notre société qui fut un jour chrétienne. Certains se rassurent en disant que le Nom de Dieu n’y a jamais été beaucoup sanctifié, même quand l’Église était plus vigoureuse. Mais d’abord ce n’est pas si sûr, et puis ce n’est pas une raison de se satisfaire de la situation. Nous qui aimons le Père, nous avons mal qu’il soit exclu de la vie de bien des personnes et de la société toute entière.

La mission de l’Église c’est de donner au monde la lumière qu’elle a reçue, à tous, aux athées, aux musulmans, aux bouddhistes, et même à tous ceux qui se sont désintéressés des questions spirituelles pour ne penser qu’aux loisirs. Il ne faut pas attendre de voir le monde pris dans davantage de ténèbres. Ne nous mettons pas à l’école des collapsologues ! Ce n’est pas leur message qui motive la mission. Ce n’est pas parce que beaucoup de choses vont vers l’impasse que l’évangélisation est urgente, mais plutôt parce que l’amour du Seigneur cherche ses enfants avec ardeur.

La première chose pour nous est d’explorer à quelle point c’est une lumière de côtoyer le Christ. Pour cela il faut que nous ayons conscience que c’est une lumière, puis que nous y croyons. Enfin non, pas dans cet ordre seulement, car il faut aussi y croire pour en avoir conscience. Celui qui s’arrêterait hors de la foi en disant : j’attends d’en avoir conscience pour y ouvrir mon cœur… il attendra longtemps. Mais celui qui commence à ouvrir son cœur peut faire de belles découvertes.

Le contenu de la foi est une lumière pour notre intelligence : savoir que nous sommes saisis, aimés, guidés vers la victoire par delà la mort. Comprendre que notre vie sur la terre n’a qu’un temps. Savoir par où passe le chemin vers la vie, qui est la suite du Christ. Et le contenu de la foi est une lumière pour notre cœur : il s’agit d’expérimenter cette intimité qui nous sauve, de laisser l’énergie divine multiplier nos forces pour parcourir le chemin.

Qu’est-ce qui peut nous empêcher d’avoir conscience de cette lumière ? Il y a quelques problèmes de l’Église, comme des célébrations ennuyeuses, des prédications qui ne disent pas la foi chrétienne, un manque de charité entre les personnes, etc. Il y a aussi quelques problèmes en nous. D’abord l’attachement au péché, à des occupations contraires à ce que Dieu demande. Et puis, d’avoir notre cœur englué dans le confort. Un tel cœur trompe sa soif de Dieu avec des occupations absorbantes mais qui ne désaltèrent pas. Et peu à peu il se déshydrate et s’endort. Au contraire, demandons : « Esprit Saint, rends-nous libres, renouvelle la conscience des dons de Dieu dans notre cœur ! Rends ton Église consciente de sa mission d’apporter tes dons ! Et puis fais-nous les chercher de tout notre cœur ! »

Enfin, que le Seigneur nous aide à trouver naturel d’inviter d’autres à connaître cette lumière. L’athéisme pratique qui nous entoure fait trouver problématique toute annonce de Dieu. Je fais le vœux que nous retrouvions un beau naturel pour parler de Lui !