Reconnaître dans l’Église des liaisons homosexuelles ? — quelques éléments de discernement

Dans la perspective Via Appia du prochain synode 2015 sur la famille, des débats tournent autour de la question de la reconnaissance possible par l’Église catholique des liaisons homosexuelles. Par exemple, il y a le cas de grands-parents qui aimeraient accueillir leur petite-fille avec sa compagne lesbienne sans que cela fasse problème dans la famille. Il y a plus généralement le cas de toute personne qui a une attirance homosexuelle et qui voudrait sentir qu’elle a une place dans l’Église. Pour cela, serait-il bon que l’Église catholique donne une forme de reconnaissance aux liaisons sexuelles entre personnes chrétiennes de même sexe ? J’ai voulu dans cette page réconcilier doctrine et pastorale pour présenter quelle reconnaissance est possible, quelle reconnaissance est problématique et surtout, comment dire l’amour de Dieu qui rejoint chaque personne dans la réalité concrète.

Des valeurs présentes

Quelles sont les données d’une liaison homosexuelle qui entreraient dans le paquet de ce que l’Église pourrait reconnaître ? Mgr Bonny, évêque d’Anvers, ouvre le débat en évoquant le sérieux d’un engagement dans une relation durable, son exclusivité, la fidélité et le soin pour l’autre1, et à côté de cela la générosité éducative. Ce sont des valeurs réelles. De ceux qui veulent persévérer dans une liaison homosexuelle on espère qu’ils incarneront ces valeurs. Mais est-ce qu’il y a là vraiment autre chose que les authentiques valeurs de l’amitié, l’amitié comme elle était connue dans l’antiquité et que la spiritualité chrétienne a conduit à son apogée ? Avant que l’évolution des mentalités ne conduise lentement à son oubli flagrant aujourd’hui pour n’en retenir qu’une camaraderie plus ou moins intense.

L’amitié dont je parle est celle qui faisait dire à saint Grégoire de Nazianze à propos de son ami Basile de Césarée : « on eût dit chez l’un et chez l’autre une seule âme pour porter deux corps, et […] on doit nous croire quand nous disons que nous étions l’un dans l’autre et l’un aux côtés de l’autre.2 » D’autres grands spirituels se sont fait les chantres de cette amitié, à la manière de saint Aelred de Rievaulx dans son médiéval Traité de l’amitié. Cette tradition de l’amitié profonde remonte dans la Bible au moins à l’amitié du roi David et de Jonathan fils du roi Saül. À la mort de Jonathan, David s’écriera : « je pleure sur toi, mon frère Jonathan. Tu m’étais si cher : ton amour était pour moi plus merveilleux que l’amour d’une femme. » (2S 1,26) Quand le cardinal Newman perd son ami Ambrose St John, il déclare : « J’ai toujours pensé qu’il n’y avait pas deuil égal à celui de la perte d’un époux ou d’une épouse, mais aujourd’hui j’ai du mal à croire qu’il y ait deuil plus grand, ou même douleur plus grande, que les miens ». Par là on voit clairement que d’une part il ne regardait pas cet ami comme un époux et que pourtant le lien qui les unissait avait une intensité affective extrêmement grande.

Une telle amitié se dégage résolument de la convoitise pour devenir un lien fort et durable3 par le refus des pratiques sexuelles. Ce que l’Église peut proposer de mieux à celui qui aime une personne du même sexe, ce sont les valeurs de l’amitié, de l’amour d’amitié. Certains diront que c’est impossible entre des personnes qui s’attirent physiquement. D’autres que toute amitié profonde a déjà une valeur d’attirance sexuelle. En tous cas ce chemin de l’amitié n’est possible qu’en acceptant une bonne part de combat pour une vraie maîtrise de soi4, et en choisissant de se relever s’il y a des chutes. C’est un chemin qui a déjà illuminé bien des vies. Refuser de le prendre parce qu’on éprouve une attirance sexuelle, cela me semble renoncer trop vite. L’amour d’amitié n’est pas fait pour les anges. Mais puisque « qui fait l’ange fait la bête », il faut prendre des dispositions vraiment sérieuses pour réussir ce défi.

Quant à la générosité éducative évoquée plus haut, elle n’a raisonnablement sa place dans le cadre d’une liaison homosexuelle qu’envers les enfants engendrés auparavant dans une union avec une personne de l’autre sexe et dont on a le devoir de s’occuper. C’est impossible de cautionner ce qui se passe actuellement en Belgique : la fabrication5 d’enfants au bénéfice de personnes homosexuelles par des artifices qui privent délibérément ces enfants de lien avec leur père ou leur mère biologique (insémination avec donneur anonyme, don anonyme d’ovule, gestation pour autrui). Ne pas connaître son origine, c’est une détresse ; ni l’Église ni la société n’ont le droit d’organiser de la détresse en faveur d’autres personnes6.

La liste des valeurs énumérées par Mgr Bonny comprend l’exclusivité : ne pas avoir d’autre relation intime. Cette valeur n’entre pas dans le cadre de l’amitié, même si la sagesse millénaire conseille d’avoir peu d’amis. L’exclusivité n’a de sens que dans le cadre d’une pratique sexuelle, comme on le pressens à la réponse de Jésus aux sadducéens qui se demandent quel mari aura dans le ciel la femme qui en a eu sept sur la terre (Mc 12,18-27). Il est donc temps de se poser ici la question d’une possible valeur sexuelle.

Une valeur homosexuelle ?

Faut-il aller plus loin ? Faut-il chercher d’autres valeurs que celles de l’amitié profonde ? Ce serait distinguer une valeur dans les actes sexuels entre personnes de même sexe. Faut-il le faire ? Si la vie sexuelle était simplement cette rencontre de deux corps qui, mus par un désir puissant, se procurent l’un à l’autre du plaisir grâce à la sensibilité de leurs zones érogènes, alors pourquoi pas. Que viendrait faire la différence des sexes dans cette affaire ? Il n’y a même plus lieu de parler de sexe, ce qui compte c’est le désir et les organes sensibles du corps, que l’on met en œuvre dans des pratiques les plus diversifiées possible, et dont on finit par tragiquement s’ennuyer après avoir fait le tour de tout.

Mais la vie sexuelle, au regard de la Révélation chrétienne, est tout autre chose. Elle n’est pas collaboration de deux êtres à un plaisir partagé, mais une union de deux êtres, qui reflète l’union qu’ils vivent sur tous les plans : union physique, union du cœur et union de l’esprit7. Dans cette union le plaisir n’est pas une fin en soi mais vise à unir des personnes dans l’accomplissement d’une œuvre commune. Donc pas seulement œuvre « mutuelle », comme si on visait à être équitable dans la répartition des plaisirs, une fois l’un une fois l’autre. Mais œuvre « commune », c’est-à-dire ensemble autant que l’un par l’autre, en ne « faisant » qu’une seule chair8.

Cette union des personnes qui convoque le niveau physique n’a lieu que si leurs corps sont capables de s’unir. Il n’y a que le corps de l’homme et celui de la femme qui sont capables de s’unir l’un à l’autre, parce qu’ils sont ainsi disposés dans leur physionomie : le corps de la femme peut accueillir celui de l’homme pour une union, et c’est seulement ainsi que l’union se réalise vraiment9. Cette disposition renvoie à quelque chose de plus profond, à l’altérité des sexes. Le sexe féminin existe en vis-à-vis du sexe masculin, les deux existent l’un par l’autre et l’un pour l’autre. Si l’un est nié, l’autre disparaît comme sexe, même s’il subsiste des organes dits « sexuels ». Il n’y a plus de raison de parler de masculin s’il n’y a plus de féminin, et vice versa.

Lorsque le désir cherche autre chose que l’union, il dérape. Il lui arrive trop souvent de déraper dans la rencontre de l’homme et de la femme. Il n’est pas rare que des personnes doivent lutter contre des désirs aberrants en matière de recherche du plaisir sexuel. Dans la liaison homosexuelle, le désir passe toujours à côté de l’union, car elle ne peut pas se vivre physiquement, quand bien même le désir du cœur y porterait. Il peut y avoir un rapprochement par la satisfaction mutuelle, mais qui reste illusoire car il ne peut pas s’accomplir dans l’union. L’union que l’on cherche dans une liaison homosexuelle ne peut s’accomplir physiquement car les corps ne parviennent pas à relayer cette union9b. S’installe alors une scission plus ou moins profonde et insatisfaisante entre le cœur et le corps, que l’on croit pouvoir surmonter en accomplissant d’autres désirs sensuels, dans une chaîne sans fin. En réalité, dans une liaison homosexuelle la pratique sexuelle sépare symboliquement plus qu’elle ne rapproche. C’est pourquoi l’Église croit que pour une personne qui a un attrait homosexuel la pleine réalisation de la personne ne s’accomplit pas dans la relation sexuelle mais plutôt en l’évitant. Ce qui ne veut pas dire éviter toute relation. Car le désir sexuel cache une quête affective qui mérite d’être reconnue pour elle-même. Tout être humain est fait pour aimer et être aimé.

Il faut encore ajouter ceci : l’altérité sexuelle, et elle seule, est enrichie de la capacité de donner la vie, de faire exister une nouvelle vie humaine. L’enfant naît de l’union de ses parents et il se reposera sur elle pour grandir. Cette fécondité donne son cadre à la vie sexuelle, en l’empêchant de dériver vers une activité repliée sur la satisfaction de deux personnes. C’est tout l’enjeu de l’encyclique Humanae vitae et de son accueil dans la mentalité contemporaine.

En raison de toutes ces constatations, somme toute assez simples, j’estime que l’Église ne peut renoncer à sa vision de la vie sexuelle comme union, sous peine de priver l’humanité d’un apport irremplaçable. Les familles chrétiennes doivent rester des lieux où tout le monde a sa place quelles que soient les attirances sexuelles qu’il éprouve et les liens qu’il noue, mais où on apprend en même temps que la sexualité devrait se vivre dans l’altérité des sexes qui seule respecte vraiment la personne corps et âme.

Les vertus de l’accueil familial

Entre chrétiens, spécialement dans la famille, il faudra articuler de façon toujours inventive ces deux lignes directrices : un accueil inconditionnel de la personne, quelles que soient ses attirances sexuelles, et une traduction dans les faits de la vocation unitive de la sexualité. On pourra déjà se sentir à l’aise en remarquant que dans la vie de l’Église, accueillir quelqu’un n’a jamais été une forme de caution de l’entièreté de sa conduite. C’est encore plus vrai dans la vie de famille. Est-ce qu’une façon d’accueillir les valeurs d’amitié sans reconnaître des valeurs sexuelles pourrait être par exemple de donner une place au repas mais pas un lit conjugal chez soi ? Cela me semble raisonnable. On gagnera à faire la différence entre inviter sa petite fille avec sa compagne, et mettre à leur disposition le lit double de la chambre de l’étage… Surtout si cela pourrait faire penser aux petits neveux et nièces que relation homme-femme ou relation homosexuelle c’est la même chose. Il faudra de l’imagination pour éviter le piège de la pensée contemporaine qui consiste à dire : pour ne pas discriminer il faut nier la différence et les spécificités10.

Aimer sans admettre un comportement, désapprouver en gardant la main tendue et le cœur ouvert, il me semble que c’est un exercice familial que l’on a souvent à pratiquer. Dans l’Évangile, Jésus agit fréquemment de cette manière. Il va manger chez les pharisiens mais ce n’est pas pour cautionner leurs pratiques. Et il ne parle pas avec la Samaritaine pour la féliciter d’avoir eu cinq maris et d’en être au sixième. Il s’invite lui-même chez Zachée et cela change tout. Ces rencontres sont parfois l’occasion de conversion. Aujourd’hui, ne peut-on pas simplement agir de la même façon ? Se témoigner de la chaleur humaine même si on ne valide pas une conduite ? Si dans l’Église on n’est pas capables de se respecter et de se le dire sans passer par exemple par le canal d’une reconnaissance officielle des liaisons homosexuelles alors on est encore loin de vivre l’Évangile et c’est d’abord ce chantier qu’il faudrait ouvrir.

L’humanisation du désir dans une liaison stable ?

Il reste un cas où l’on pourrait penser qu’une reconnaissance ecclésiale d’une liaison homosexuelle est possible. C’est lorsqu’une personne qui éprouve une forte attirance homosexuelle choisit de s’installer dans une liaison homosexuelle stable pour éviter que son désir et son manque ne la soumette au vagabondage sexuel. C’est sans doute ce qui était évoqué plus haut quand on parlait d’exclusivité dans la relation. Est-ce que Dieu et l’Église ne devraient pas encourager quelqu’un à s’attacher à une seule personne plutôt que de courir les partenaires ? Le sujet est vaste11. Je voudrais simplement donner quelques pistes.

D’une part l’espérance répugne à accepter l’idée qu’il y a des cas où la liberté est entièrement et durablement soumise à la pulsion, et que donc il n’y a que deux alternatives : ou les partenaires multiples, ou le couple stable. La voie de la chasteté à conquérir est-elle complètement hors de portée, et pour toujours ? D’autre part c’est une illusion de croire que refréner un désir sexuel le rend automatiquement hors de contrôle tandis que l’assouvir conduit à l’apaisement. De façon imagée on peut faire le parallèle avec la démarche des alcooliques anonymes et le choix de ne plus toucher une goutte d’alcool. Ce que l’Église propose dans une amitié chaste n’est pas un chemin d’enfermement mais un chemin de libération. Mais c’est aussi un chemin de croix, inévitable, et peu ont conscience de sa dureté. De sorte que nous devons dire avec le pape François : « Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? » La phrase est devenue archi-célèbre, et pratiquement toujours citée en omettant « et cherche le Seigneur avec bonne volonté », comme si cette condition était un luxe qui n’a pas vraiment sa place dans le débat qui agite l’Église. Et pourtant, le vrai enjeu n’est-il pas là : chercher le Seigneur de tout son cœur, aller toujours plus loin, ne pas se lasser, se relever lorsqu’on est tombé ?

Dans ces lignes j’ai essayé de donner quelques balises du chemin par lequel se fait cette recherche du Seigneur. Celui qui choisit une liaison stable pour fixer son désir pourra véritablement progresser s’il y a une entente mutuelle pour évoluer vers la chasteté sous la forme de la continence12. Quant à la rapidité de cette évolution, je n’ai pas rencontré assez de monde pour en avoir une idée. Il faut admettre que la conquête de la chasteté est quelque chose de progressif, et que parfois une mise sous pression excessive peut être contreproductive. Mais il y a un moment où il faut « mettre la pression » sur soi si on veut avancer, si on veut refuser sérieusement d’être auto-centré. L’Esprit nous pousse à aller au-delà de ce que nous estimons possible à cause de nos échecs. Il faut se confier à lui qui renouvelle nos cœurs. Dieu appelle toute personne à aller sans cesse plus loin dans l’amour véritable, à sortir des pièges du narcissisme pour se donner vraiment.

Pour finir on pourra se demander : de quel droit un curé dit-il tout cela ? C’est que ce « curé » essaie de se faire héritier d’une sagesse qui le précède et le dépasse, une sagesse que certain qualifieront sûrement d’esprit arriéré, mais c’est peut-être un peu léger car il me semble qu’il y a là la sagesse unanime de l’humanité avant que l’Occident ne perde sa boussole.


1La notion de « soutien réciproque jusqu’au sacrifice » était présente dans le document intermédiaire du synode d’octobre 2014, mais tout ce document été profondément remanié lors des travaux de la deuxième semaine. Le texte qui a été soumis au vote à la fin du synode — et qui pour la partie correspondant aux personnes ayant une orientation homosexuelle n’a pas recueilli les 2/3 d’approbation attendus — ne retient que la notion d’accueil avec respect et délicatesse.

2Grégoire de Nazianze, Discours 43, chap. 19-22, cité dans Jacques Follon et James McEvoy, Sagesses de l’amitié II, Cerf, 2003, p.110.

3Saint Jérôme : « une amitié qui peut finir n’a jamais été véritable » (Lettres III, 6 [PL XXII, 335a])

4Les sages chrétiens n’ont jamais été inconscients de cette difficulté. Ainsi Grégoire de Nazianze dit dans son homélie funèbre pour Basile de Césarée : « le désir des corps, puisqu’il concerne ce qui passe, passe aussi à l’égal des fleurs printanières […] mais quand l’amour s’attache à Dieu et quand il est chaste, comme il s’adresse à une réalité stable, il est aussi par là-même plus durable, et plus la beauté se montre à lui, plus elle se l’attache et attache l’un à l’autre ceux qui ont même amour. » (Follon, op. cit., p.109). Ainsi Aelred : « Je voulais aimer en esprit et ne m’en sentais pas la force ; aussi, je résolus d’écrire sur l’amitié spirituelle et de me prescrire les règles d’un chaste et saint amour. » (L’amitié spirituelle, 659A-660B, cité dans Follon, op. cit., p.258.)

5Le mot est du pape François lui-même, aux médecins italiens.

6Je n’ouvre pas ici le débat de l’adoption par un duo homosexuel. Il a déjà été pas mal traité. À vrai dire souvent en brandissant des études partisanes de ci de là ; et en discréditant complètement les découvertes de la psychopédagogie du XXe siècle. Tout cela est-il vraiment raisonnable ?

7Voir Gn 2,24 : « C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair. »

8Voir par exemple Karol Wojtyla, Amour et responsabilité, Stock, 1978, p.116 : « Contrairement aux opinions qui envisagent le problème sexuel d’une façon superficielle et ne voient le summum de l’amour que dans l’abandon charnel de la femme à l’homme, il convient de voir ici le don mutuel et l’appartenance réciproque de deux personnes. Non pas une jouissance sexuelle mutuelle où l’un abandonne son corps à l’autre afin que tous les deux éprouvent le maximum de volupté sensuelle, mais précisément un don réciproque et une appartenance réciproque des personnes. Voilà la conception exhaustive de la nature de l’amour sponsal s’épanouissant dans le mariage. Dans la conception contraire, l’amour est par avance annulé au profit de la jouissance (dans les deux sens du terme). Or, il ne peut être réduit à la seule jouissance, soit-elle mutuelle et simultanée. Par contre, il trouve son expression normale dans l’union des personnes ».

9Autrement il ne reste que la sodomie ou diverses formes de masturbation mutuelle, c’est-à-dire des actes sexuels non unitifs même s’ils sont collaboratifs. On trouve aujourd’hui pas mal d’articles pour prétendre que la sodomie est une pratique sexuelle ordinaire, et même que l’anus serait un organe sexuel. On fait l’apologie de la sodomie également dans le couple de l’homme et de la femme. Je ne peux y voir qu’une rhétorique destinée à justifier des pratiques où il demeure inévitablement un rapport de dominateur à dominé, quelqu’un qui jouit pendant que l’autre subit — et ne jouit que de subir.

9bJ’ajouterai que la notion d’œuvre « commune » évoquée plus haut n’a rien à voir avec ce qui serait « simultané ».

10La non discrimination est un des grands moteurs des changements législatifs en faveur du mariage homosexuel. Appliqué comme il l’a été, ce principe a tourné à l’affirmation de l’insignifiance : tout est la même chose, parce que finalement tout a peu de valeur.

11Il a été remarquablement traité par Xavier Thévenot dans sa thèse : Homosexualités masculines et morale chrétienne, Cerf, 1985.

12La chasteté est nécessaire à tous car elle traduit la volonté d’aimer en vérité, c’est-à-dire d’une façon non captative. La chasteté se décline différemment selon qu’on est époux-épouse, célibataire, amis. J’ai essayé de montrer ici pourquoi la chasteté dans une liaison homosexuelle se traduisait par la continence : ne pas avoir de rapports sexuels.