homélie de la veillée pascale 2022

Beara (Irl.) En ces jours de Pâques, ce qui me frappe le plus, c’est la patience de Dieu. Sa patience devant nos étroitesses et nos horreurs actuelles. Sa patience devant les étroitesses et les méchancetés de tous les temps. Nous avons entendu quelques moments de l’histoire sainte. Il y a ce monde bon que Dieu remet à l’homme. Nous n’avons pas entendu les premiers refus et les premières haines, mais déjà le chemin par où Dieu voulait sauver l’humanité : le chemin de la confiance ; c’était la foi d’Abraham, qui apprenait à se fier à Dieu plus qu’à tout, qui apprenait à marcher avec Dieu même quand il ne comprenait pas. Nous devons tous réapprendre cela pour nous-mêmes un jour ou l’autre. Heureux celui qui ne perd pas courage !

homélie du Jeudi saint, 14 avril 2022

Issoire Il y a un certain nombre de choses qui nous donnent du bonheur dans la vie, mais le plus grand bonheur est celui d’aimer et d’être aimé. Ce partage d’amour entre deux personnes est la nourriture la plus essentielle de la vie humaine. Ce n’est pas pour rien que nous sommes la plupart du temps nés de l’amour de nos parents. Nous venons de l’amour, à commencer par l’amour de Dieu qui nous a voulu depuis notre conception, et nous sommes faits pour aimer et être aimés. Bien sûr cet amour entre deux personnes peut prendre différentes formes entre les êtres humains. C’est l’amour conjugal, ou l’amour d’amitié, qui peut être très profond lui aussi — parfois plus. Mais il y a un amour encore plus essentiel, bien que souvent ignoré : le lien vital entre chacune, chacun de nous, et notre Créateur. Plus que toutes les autres amours, cet amour entre les personnes divines et la petite personne que nous sommes nous est vital.

homélie du 5e dimanche C, 3 avril 2022

Locronan Par le prophète Isaïe, Dieu dit à son peuple quelque chose comme « j’apporte quelque chose de nouveau et de grand ». En regardant ce qui se passe quand on amène à Jésus la femme surprise en flagrant délit d’adultère on comprend. La voilà devant Jésus, le seul juste. A-t-elle déjà entendu parler de lui ? Peut-être, mais elle n’a pas dû l’écouter. Ni écouter les Écritures. Et Dieu sait dans quelle aventure elle s’est engagée ou a été entraînée. Le Seigneur lui-même ne cherche pas à savoir. Mais il lui apporte quelque chose de complètement nouveau. Cette nouveauté, ce n’est pas de dire que l’adultère ce n’est pas grave. Cette nouveauté, ce n’est pas de minimiser le péché. Cette nouveauté, c’est de lever la condamnation qui pesait sur la vie et le cœur de cette dame. « Personne ne t’a condamnée ? — Personne, Seigneur. — Moi non plus, je ne te condamne pas. Va ! Et désormais ne pèche plus. » Jésus ne se contente pas de dire : « je ne te condamne pas ». Il permet à cette femme de retrouver sa place dans un peuple qui a cessé de la condamner.

homélie de la Lætaræ, 4e dimanche de carême, 27 mars 2022

Howardries Parfois nous sommes découragés. Nous avons envie de tout laisser tomber. Les choses du Royaume de Dieu ne nous goûtent plus. Ou bien elles nous semblent inaccessibles tant nous prenons conscience de notre incapacité à croire, à aimer, à espérer. Ou bien le souvenir de nos péchés nous renvoie une piètre image de nous-mêmes et nous fais nous sentir loin de Dieu. Que fait le Seigneur avec nous dans ce cas-là ? Il nous renouvelle pour que nous allions de l’avant. Il me semble que toutes les lectures vont dans ce sens aujourd’hui : laisse-toi renouveler par ton Père du ciel !

homélie du 2e dimanche de carême, 13 février 2022

Conques, intérieur Personne n’a jamais vu Dieu. Il échappe aux instruments de la science, si bien que des esprits réductionnistes, qui pensent qu’il n’y a rien en dehors de ce que les outils de la science peuvent saisir, ont pu conclure qu’il n’y avait pas de Dieu. Nous pouvons faire une démonstration rationnelle qui montre qu’il est raisonnable de penser qu’il y a un Dieu. À partir de la perfection de l’univers, à partir même de son existence, à partir de l’existence d’un être intelligent dans l’univers, capable de comprendre ses lois, nous pouvons déduire qu’il est fort probable qu’il existe un Dieu au-dessus de tout, un être intelligent, à l’intelligence duquel nous participons. Mais tout cela n’est pas encore une rencontre de Dieu. Et il me semble que tant que Dieu n’est pas rencontré, nous n’avons pas encore fait beaucoup de chemin. Les récits bibliques entendus aujourd’hui nous parlent d’êtres humains qui ont fait la rencontre de Dieu. Abram, qui n’est pas encore devenu Abraham, comprend que c’est Dieu lui-même qui passe au milieu de son sacrifice. Ce qu’Abraham a offert de lui-même pour Dieu, le Seigneur lui-même l’accueille en manifestant sa présence et en faisant sentir sa promesse.

homélie du 1er dimanche de carême C, 6 mars 2022

Orcival Il y a intérêt à être des gens qui regardent d’où ils viennent pour comprendre où ils vont, sinon on se met à vivre surtout dans l’instant présent quitte à se retrouver souvent au pied du mur — car, bien que l’idée de vivre dans l’instant présent puisse se réclamer de l’évangile, quand il s’agit de s’abandonner à la Providence du Père, elle devient souvent la prétention à ne pas se soucier des conséquences de ses choix de plaisir ou de confort, et nous mène alors tôt ou tard dans une impasse. La première lecture nous raconte comment chaque Israélite devait se rappeler ce que Dieu avait fait pour son peuple, et vivre sa vie en reconnaissance. Nous voilà invités nous aussi à être des hommes et des femmes de mémoire, des gens qui peuvent vivre et tenir maintenant parce qu’ils se rappellent ce que Dieu a fait pour eux. Nous ne sommes pas ballottés dans le vent comme les ardoises de l’église dans la tempête Eunice. Nous ne sommes pas des personnes qui n’ont pas de centre, qui ne savent pas qui elles sont ni où elles vont. Nous sommes enfants de Dieu depuis notre baptême, nous sommes habités par l’Esprit Saint depuis notre confirmation, nous sommes libérés de nos péchés par le Christ, nous pouvons tisser jour après jour un fil d’amitié avec le Dieu de l’univers de qui tout ce qui existe provient. Et nous savons qu’il peut faire aboutir notre vie, non pas à la tombe, mais dans son Royaume, près de lui, heureux devant sa face.

homélie du 8e dimanche C, 27 février 2022

côté sombre, côté clair Nous avons entendu le Seigneur nous dire : « ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur ». Cela contraste avec ce que nous avons vu : que la bouche dit le contraire de ce qu’il y a dans le cœur, afin de manipuler, de tromper, de dominer. Ce que nous avons vu de la part du président Poutine, nous le voyons aussi autour de nous lorsque nous sommes aux prises avec ceux qui vivent dans la duplicité.

homélie du 7e dimanche C, 20 février 2022

Lac du Jura “Les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres”. On l’entend souvent dire, et c’est sans doute vrai (quoique cela reste quand-même à voir...) Mais en tous cas les chrétiens sont invités à un agir vraiment différent, un comportement qui dénote, qui interpelle les autres et nous-mêmes d’abord. Jésus nous invite ni plus ni moins qu’à aimer nos ennemis et à faire du bien à ceux qui nous haïssent, à ne pas réclamer à celui qui nous vole, à prêter sans espérer qu’on nous rende, à faire pour les autres ce que nous voudrions qu’ils fassent pour nous. Voilà ce qu’il nous demande. Jésus nous le dit, il faut le faire. Pourquoi nous demande-t-il cela ? Et avec quelle force pourrons-nous le faire ?

homélie du 6e dimanche C, 13 février 2022

rue de Quito (Équateur) L’Écriture aujourd’hui nous met devant la liberté que Dieu nous a donnée en nous créant à son image. Nous voyons tant d’attitudes diverses autour de nous, tant de façons de vivre, tant de réalisations différentes, qui nous réjouissent ou nous attristent. À la base de cela, il y a tout ce qui est de l’ordre des attirances, des désirs, qui nous suggère intérieurement de faire ceci ou de rechercher cela ; ces désirs en nous vont dans tous les sens, tantôt bons, tantôt mauvais ; nous verrons très bientôt en quoi on peut parler d’un sens bon ou mauvais. Ce domaine des désirs n’est pas proprement humain. Les animaux ont aussi des désirs. Ce qui est le propre de l’homme est de pouvoir prendre distance par rapport à ces désirs et décider de faire ceci ou cela, dans le sens de ses désirs ou dans le sens contraire. Nous possédons la liberté, nous ne sommes pas le jouet de nos passions (bien des gens présentent le fait de succomber à ses passions comme la manifestation de notre liberté, mais en réalité c’est l’inverse : c’est la capitulation de la liberté, sa soumission à ce qui monte spontanément en nous). Bref, nous possédons la liberté, par laquelle nous nous dirigeons en suivant tel désir plutôt que tel autre.

homélie du 5e dimanche C, 6 février 2022

Rome, Saint-Paul hors les murs... dehors S’il y a un Dieu qui vient dans le monde, a-t-il besoin de nous ? Il va gérer, il est fort ; son royaume sera visible, parce qu’il n’y aura plus de mal, plus de haine, plus de maladies… C’est ainsi que nous raisonnons. Et voilà qu’ici dans cette église nous annonçons tout autre chose : les évangélistes, les apôtres disent que Dieu est venu dans le monde, mais son royaume n’est pas directement visible par tous, au point que beaucoup de gens disent : où est Dieu ? Je ne crois pas qu’il existe puisque je ne le vois pas… Prenons un peu de temps pour découvrir la tactique de Dieu, afin de comprendre pourquoi Dieu est venu dans le monde bien que beaucoup peuvent penser que ce n’est pas arrivé.

homélie du 4e dimanche C, 30 janvier 2022

le viaduc de Millau dans l’orage (Peyre) Jésus n’est pas accueilli pour qui il est à Nazareth. Les gens de Nazareth sont fermés. Ils n’imaginent pas que Jésus soit plus que le gars du village qu’on a toujours connu. C’est une tentation qui existe aussi dans l’Église. Prendre Jésus pour un gars bien, un sage, l’inspirateur d’un mode de vie sympathique, mais pas plus. Pas le bien-aimé de nos cœurs, pas le Sauveur, pas celui après qui nous courrons comme les gens de Palestine courraient derrière lui. Faut quand même pas exagérer ! Et qu’est-ce que les autres vont penser de nous si nous sommes toujours à l’église, si nous disons en public que nous prions, si nous nous montrons attachés de tout notre cœur au Seigneur plus qu’à nulle autre personne, et que le temps passé à chercher le cœur de Dieu est plus important que tous les autres loisirs et occupations utiles ? Même entre chrétiens ce n’est pas facile de prendre publiquement Jésus au sérieux.