en direct du monde nouveau
homélie du 3e dimanche de Pâques
La résurrection du Christ d’entre les morts est parfois présentée comme une expérience subjective des disciples, un événement qui se passait dans leur cœur mais pas dans le fil historique du monde. À l’appui de cette théorie on peut invoquer le phénomène étrange de la discordance des récits des apparitions de Jésus à ses disciples. Les récits ne racontent pas les mêmes événements. Et pourtant ils concordent sur plusieurs points fondamentaux : le Jésus ressuscité est vraiment le Jésus crucifié, bien qu’en même temps tous peinent à le reconnaître. On peut le toucher et en même temps on ne le touche pas. Chaque fois les disciples sont réticents à admettre la présence réelle de Jésus.
Une vie nouvelle
homélie du jour de Pâques
{joomplu:1}Aujourd’hui je dirai un mot sur chacune des lectures. Dans les Actes des Apôtres nous constatons ce curieux rapprochement entre « juger » et “donner le pardon”. Pierre peut à la fois dire de Jésus que « Dieu l’a choisi comme Juge des vivants et des morts » et que « tout homme qui croit en lui reçoit par lui le pardon de ses péchés » (Ac 10,42-43). Juger et pardonner sont deux notions qui dans la culture contemporaine s’opposent, mais qui communiquent l’une avec l’autre dans la Bible. Ce n’est pas « ou bien Dieu me juge ou bien il me pardonne » mais plutôt qu’il me pardonne parce qu’il peut me juger, parce qu’il discerne en moi ce qui doit être pardonné — et que je l’accepte aussi. Dans la Bible le jugement n’exclut pas, il ne condamne pas mais il est destiné à justifier, c’est-à-dire à purifier. Le jugement est comme une disqualification du mal, qui ouvre celui qui l’accepte à un avenir.
Cette acceptation, c’est la foi dont parle Pierre. C’est la foi qui fait passer du jugement au pardon, parce que la foi est accueil du Christ qui seul peut purifier nos êtres. Que le Seigneur nous aide à comprendre à quelle profondeur il désire nous restaurer !
Vivre la souffrance de la maladie
messe du lundi saint — Onction des malades
La personne qui souffre voit rapidement monter une question en elle, toujours la même : pourquoi ? Spontanément elle l’adresse à Dieu, qui semble être le plus à même d’expliquer l’inexplicable. Par ailleurs, Jésus a toujours refusé de donner des explications à la souffrance1. Il a guéri les malades qu’il rencontrait, dans de vrais miracles qui soutenaient son enseignement, son annonce de l’amour du Père et de la venue du Royaume. C’est à cause de ces miracles manifestes que tous couraient à lui bien plus qu’à un autre thaumaturge, au point « que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville » (Mc 1,45 ; Mt 9,35 ; Mt 14,35). Et aux pharisiens qui ne voulaient pas croire sa parole il pouvait dire : « quand bien même vous ne me croiriez pas, croyez en ces œuvres, afin que vous connaissiez et que vous sachiez bien que le Père est en moi comme je suis dans le Père. » (Jn 10,38)
La reconnaissance fait goûter l’amour
homélie du Vendredi Saint
Au début de cette année j’étais très désolé au sujet de l’état de l’Église. À l’intérieur il y avait tous ces contre-témoignage de chrétiens, ces péchés terribles de la part de quelques prêtres, et aussi une érosion du sens de Dieu à laquelle nous sommes tous exposés. À l’extérieur il y avait cette hostilité envers l’Église, très dure bien qu’elle dise rarement son nom. J’étais fatigué de voir la plupart des interventions de l’Église tournées en ridicule, ses positions incomprises ou refusées a priori, alors qu’elle veut apporter au monde un sens de l’homme vraiment nécessaire et utile. Et puis je pensais à l’effondrement du nombre de prêtres, à la tâche surhumaine qui nous attend et en même temps à la fausseté des remèdes bateau qu’on nous propose souvent pour y remédier et que d’autres Églises ont essayé depuis longtemps sans que cela les préserve de la crise.
Et je me disais: avec quelles forces l’Église peut-elle annoncer le Royaume? Comment peut-elle remplir sa mission en faveur des hommes? Qu’est-ce qui est en train de se passer?
Venir à la rencontre du Sauveur
homélie du 4ème dimanche de carême
{joomplu:154}Parfois on se reproche de revenir à Dieu quand ça va mal alors qu’on l’avait laissé de côté dans les beaux jours. Mais il ne faut pas s’empêcher pour cela de venir prier, de venir demander. Dieu sait bien que notre cœur est ainsi blessé par un aveuglement ou une mauvaise volonté. Il le sait, il le voit depuis des milliers d’années, il en a souffert avec son peuple (voir la première lecture, 2Ch 36). Et il ne s’amuse pas à faire des reproches. Il dit simplement : viens et moi je te purifierai. (Is 1,18 : Venez donc et discutons, dit le Seigneur. Si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront comme la neige. S’ils sont rouges comme le vermillon, ils deviendront blancs comme la laine.)
C’est comme sauveur que Dieu vient. Et nous commençons à apprécier cela lorsque nous traversons l’épreuve. Épreuve de la vie, ou épreuve due à nos péchés, ou les deux à la fois …
Le drame du cœur du Père
homélie du deuxième dimanche de carême 2012
{joomplu:161}L’histoire du sacrifice d’Isaac (Gn 22, 1-18) est quelque chose qui surprend beaucoup les hommes et les femmes modernes que nous sommes. Le fond de cette histoire est qu’Abraham continue de craindre Dieu tout au long de sa vie, même comblé de biens. Craindre Dieu ce n’est pas avoir peur de lui, craindre Dieu c’est le considérer comme ce qu’il est, c’est-à-dire Dieu, c’est-à-dire le centre de notre vie. Assez souvent nous faisons de bien d’autres choses le centre de notre vie. Je ne parle même pas des futilités, lorsque nous pensons à acheter un téléviseur super large, le dernier Iphone, etc., non, je parle même des choses légitimes dont nous serions tentés de faire le centre de notre vie : fonder une famille, avoir des enfants, avoir une maison, une bonne santé, etc. Naturellement nous aurons tendance à faire de ces choses très belles et très légitimes le centre de notre vie. L’histoire d’Abraham nous rappelle que le centre de la vie c’est Dieu. Cela nous surprend car Dieu est tellement impalpable. Mais nous avons ce témoignage à rendre — à nous-mêmes et au milieu de notre monde — que le centre de la vie c’est bien sûr en partie toutes les belles choses que j’ai énumérées mais plus fort encore, c’est celui qu’on ne voit pas, qui est l’auteur de tout, c’est Dieu. Et cela vaut la peine de s’attacher à lui. Avoir le cœur uni à Dieu, c’est plus important que tout, même qu’avoir des enfants. Voilà ce que l’histoire du père des croyants vient nous rappeler, et ainsi nous découvrons ce grand bonheur accessible vraiment à tous. Oui, le bonheur d’Abraham est pour tous.
toutes les tentations ne sont pas du diable
homélie du premier dimanche de carême
{joomplu:82}L’histoire du déluge (Gn 9, 8-15) est surtout intéressante pour la conclusion que Dieu en tire : « Oui, j’établis mon alliance avec vous, aucun être vivant ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre ». Quand on se pose des questions sur l’historicité de ce déluge, je pense que l’on s’empêtre vite dans des choses qui ne sont pas essentielles. Au fond, cette histoire a été écrite moins pour dire ce qui s’est passé que pour dire que cela ne se passera plus.
Lorsque Dieu dit après le Déluge : « Plus jamais je ne détruirai les injustes sur la terre » il faut bien reconnaître que cela nous embête. Qui de nous, à un moment donné dans sa vie, aux prises avec l’injustice, avec les arrogances, n’a pas rêvé que Dieu vienne et élimine l’injuste et l’arrogant de la surface de la terre : “Seigneur fais-moi justice, mets au pas mes ennemis et fais-les mourir s’il le faut !” Remarquez, Dieu n’a fait mourir ni Hitler ni Staline ni d’autres tyrans modernes. Dieu a dit : « Plus jamais je ne le ferai » et nous sommes invités à entrer dans sa conception de l’alliance. Dieu veut faire alliance avec tous les hommes, il veut tendre l’arc-en-ciel à tous les hommes, si-bien que je suis invité à aimer chacun comme Dieu l’aime, avec la même espérance que Dieu pose sur lui, même s’il nous semble tellement pourri parfois. Espérer, espérer pour tous !
le bonheur de se convertir
Homélie du 22 janvier 2012, 3ème dimanche du Temps ordinaire
Aujourd’hui nous assistons au début de la mission de Jésus et comme le début va donner toute la couleur de l’ensemble c’est intéressant de regarder ce que Jésus dit. Il dit cette parole qui m’a toujours surpris à vrai dire : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». C’est ainsi que débute la mission de Jésus. La Bonne Nouvelle comprend une conversion parce que le Règne est proche. J’ai donc envie de vous parler un peu de la conversion même si nous sommes encore à un mois du carême…
En fait se convertir c’est une manie des chrétiens. Regardez comment nous avons commencé la messe, nous avons commencé la messe en disant : « Seigneur prends pitié de nous car nous sommes des pécheurs » et nous faisons cela à chaque messe. Je me demande quel autre groupe humain commence ainsi ses rassemblements.
Imaginez un petit peu que le 1er mai on commence les discours en disant :
Chercher Dieu n'est pas facultatif
homélie de l’Épiphanie 2011
{joomplu:95}Quelle ingéniosité dans les fêtes de Noël et de Nouvel An pour apporter de la lumière quand le jour baisse ! Maintenant les lumières sont éteintes, mais nous avons tant besoin de lumière. Ce n’est pas pour rien que Dieu se présente comme lumière qui vient sur le monde. Il correspond à un besoin réel de l’homme.
Au point que des philosophes ont pu croire que Dieu était une projection de nos besoins. C’est une hypothèse que l’on ne pourra jamais écarter définitivement. Mais qui s’explique aussi si l’homme a un réel besoin du Dieu vrai et vivant, du Dieu qui est lumière. Dans le récit des mages, nous rencontrons tout homme qui cherche la lumière, qui la désire tellement qu’il est prêt à se confier à une étoile...
Noël, se laisser aimer pour changer le monde
Homélie de Noël 2011
Depuis Abraham le peuple de Dieu n’a pas manqué de vivre des épreuves, mais au lieu d’en conclure que Dieu l’avait abandonné ou même n’existait pas il a perçu à travers ces épreuves la révélation de Dieu. Le salut que Dieu vient proposer n’est pas une distraction passagère par rapport aux malheurs du temps comme si Dieu disait « Eh bien, venez, on va se changer un peu les idées, après, ben voilà, vous reprendrez votre vie normale… » Non ! Le salut dont Isaïe annonce qu’il va jaillir est l’annonce d’un changement en profondeur.
Aujourd’hui notre époque vit des difficultés aussi graves et généralisées. Le Congo vient de vivre un simulacre d’élections, la Russie probablement aussi, nous redécouvrons l’oppression dans laquelle vivent les Nord-Coréens. Nous craignons pour l’avenir de l’Irak, de la Syrie, de l’Égypte, de tant d’autres pays. Partout des injustices graves frappent les hommes, l’amour de l’argent gouverne le monde. Ici, en Belgique, nous avons été choqués par la tuerie de la place Saint-Lambert et nous essayons de nous unir à la peine de ceux qui en ont été frappés. Dans un autre registre nous voyons que la seule réalité sociale qui ne doit pas contribuer à l’effort de crise est le capital, dont on craint qu’il fuie ailleurs, alors que la spéculation a contribué grandement à la mauvaise situation où nous sommes. La moindre taxe sur les transactions financières, demandée également par le Vatican, est reportée sans cesse. Le pouvoir de l’argent semble dominer le monde et souvent aussi il gouverne notre cœur et nous nous découvrons avides de reconnaissance, de pouvoir, de biens.
joie de la sainteté, également dans la sexualité
— homélie du 4ème dimanche de l’Avent, 19 décembre —
{joomplu:168}De Jésus on dit dans le credo qu’il a été conçu du Saint-Esprit. Marie, lorsque l’ange lui annonce qu’elle va concevoir un fils, lui objecte que ça lui paraît étrange puisqu’elle est vierge. Mais quand l’ange lui dit que c’est « la puissance du Très-Haut » qui fera cela, elle accepte le projet de Dieu dans la foi. La conception de Jésus par le Saint-Esprit a posé des questions à la biologie de toutes les époques, et dans les termes d’aujourd’hui on se demandera de quel bagage génétique Jésus hérite-t-il. C’est impossible de rendre compte de la conception de Jésus de façon scientifique ; mais comme disait Pascal, « tout ce qui est incompréhensible n’en existe pas moins pour cela. »1 La rationalité scientifique n’est pas le seul mode de connaissance2.
Une autre réticence à la conception virginale de Jésus serait qu’elle dévaluerait la sexualité.