Quand Dieu nous déconcerte...

(homélie de la messe des étudiants)

Que nous soyons croyants depuis longtemps ou fraîchement venus au Seigneur, il nous arrive de nous demander : mais finalement, qui est Dieu pour que je me fie ainsi à lui ? Ou bien : Dieu est-il assez fiable et est-ce que je le connais assez pour lui donner ma confiance et le droit de me guider ?

Alors les lectures d’aujourd’hui nous font du bien. Dans l’évangile, nous voyons Jean-Baptiste aux prises avec des questions semblables. Il devait s’attendre à une venue plutôt fracassante du règne de Dieu, et il voit Jésus agir avec douceur et persuasion plus qu’avec une force qui contraint. Alors, Jésus est-il celui qui doit venir, ou faut-il en attendre un autre, quelqu’un qui agirait autrement, qui manifesterait plus clairement le règne de Dieu ?

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L'espérance nous est donnée

(homélie du 1er dimanche de l'Avent)

Les paroles de Jésus évoquant son retour sur terre sont surprenantes. En parlant des puissances des cieux ébranlées, des nations affolées et des hommes qui mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde (Lc 21,26), elles pourraient nous inquiéter. Pourtant ces paroles sont des paroles de bonheur, ou plus précisément : d’espérance. Elles viennent nous dire jusqu’où va le salut. Même si le monde est dans un si mauvais état que les cieux eux-mêmes sont ébranlés, que le soleil s’altère, que les éléments se déchaînent au point qu’il n’y a plus d’avenir humain possible, même si la situation est aussi désespérée nous pouvons nous redresser et relever la tête (v.28)

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Voici encore d’autres homélies publiées auparavant dans l’ancienne partie du site :

 


 

C’est toi que je préfère

Homélie de la messe des étudiants du 4 nov.

A première vue ce texte (Lc 14,25-33) est écrit pour les religieuses et pour les prêtres... Ce sont eux qui passent pour avoir renoncé à tout pour suivre le Christ. Mais alors, seraient-ils les seuls à pouvoir prétendre être les vrais disciples du Christ, ceux qui marchent vraiment à sa suite ? Pourtant, le mariage par exemple, est une vocation sainte elle aussi ; et le mariage est un sacrement, ce qui ne serait pas possible s’il s’agissait d’une façon moindre de suivre le Christ. Alors, bien que cet évangile puisse pousser des jeunes à consacrer même leur affectivité et leurs désirs intimes au Seigneur — et j’en suis ; je me rappelle avec émotion avoir préparé cette messe des étudiants, cet évangile, sur le coin d’une table de mon kot, l’Aubier, avec Helmut il y a 19 ans — il nous faut chercher plus généralement ce que Jésus entend par renoncer à tout pour le suivre.

Ce sont de grandes foules qui suivent Jésus et à qui il s’adresse. A plusieurs reprises on voit les foules s’emballer à la suite de Jésus, devenir très enthousiastes jusqu’à ce que les difficultés arrivent et qu’elles changent complètement d’attitude. Ainsi au bord du lac après la multiplication des pains par Jésus et les explications sur sa chair qu’il donne à manger les gens en viennent à dire : « ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter » (Jn 6,60). Plus tard, à Jérusalem, la foule qui l’acclamait va crier « qu’on le crucifie ! » (Mt 27,22)

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Vivre en choisi. L’élection

homélie du 17 août 2008

Pourquoi lisons-nous encore l’Ancien Testament ? Souvent quand nous le lisons nous devons faire une gymnastique de l’esprit, nous rappeler que le Christ a accompli la Loi et que beaucoup de choses que nous lisons doivent recevoir une interprétation allégorique, être prises de façon imagée... Mais finalement, pourquoi le faire, pourquoi ne pas en rester à cette partie de la Parole de Dieu qui nous parle directement de Jésus ?

Nous lisons encore l’Ancien Testament à cause de l’attitude de Jésus envers la Cananéenne des territoires de Tyr et Sidon. Jésus rappelle bien à cette femme qu’il est venu d’abord pour le peuple élu. Cela nous choque, mais nous devons d’abord réfléchir un peu à ce que ça veut dire : le peuple élu, les brebis d’Israël.

Lorsque Dieu crée l’homme — c’est-à-dire lorsqu’au cours de l’évolution voulue par Dieu un des êtres vivants accède à la conscience de soi et devient capable de réfléchir sur cette connaissance qu’il a du monde et de lui-même — la première révélation qu’il fait de lui-même est cette sensibilité intelligente qu’il donne à l’homme, qui lui permet de se poser la question : d’où est-ce que je viens ? Quelle est ma destinée ? Y a-t-il un être qui a créé tout cela ? Puis-je communiquer avec lui ? La première révélation de Dieu à l’homme se trouve dans cette capacité de l’homme à chercher Dieu et à entrer en relation avec lui. C’est une des composantes de ce que la Genèse suggère en disant : Dieu créa l’homme à son image.

Pendant des millénaires, Dieu se fait connaître à l’homme à travers les recherches du cœur de l’homme. Puis il passe à la vitesse supérieure, sans doute quand la culture a accédé à un niveau suffisant pour intégrer de nouvelles attitudes et connaissances. Dieu se choisit alors un homme et un peuple, pour cheminer avec lui, pour lui faire connaître de plus près sa mentalité, sa façon de voir la vie et l’amour. Dans notre tête, choisir rime avec exclure, car nous ressentons aussitôt en nous-mêmes la trace d’une expérience douloureuse où d’autres ont été choisis tandis que nous restions sur le carreau. Il nous faut dépasser cette impression, comme beaucoup d’impressions désagréables qui montent de nous-mêmes quand la Bible vient explorer — parfois sans ménagement — les profondeurs de notre âme. En dépassant ces premières impressions nous devenons capables de comprendre que choisir est une attitude propre à l’amour. Dans l’amour, à la différence de la simple bienveillance, il y a une dimension de choix. Celui que nous aimons devient notre choisi, l’élu de notre cœur. Nous le disons facilement pour parler d’une fiancée, d’un fiancé, mais en réalité il devrait en être ainsi aussi de tous ceux que nous choisissons d’aimer, à commencer par le pauvre qui est au milieu de nous.

Dieu choisit un peuple, le peuple “élu”, pour l’initier à la relation d’amour avec lui. Et sa seule raison, c’est l’amour : « Si le Seigneur s’est attaché à vous, s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le plus petit de tous. C’est par amour pour vous, et par fidélité au serment fait à vos pères. » (Dt 7,7-8)

Ce choix d’un peuple, cette élection, elle n’est pas une exclusion des autres peuples. Avec le Christ, comme déjà Isaïe l’avait annoncé (Is 56,6-7), tous les peuples peuvent entrer dans l’élection, dans la relation d’amour privilégiée avec Dieu.

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le bonheur du ciel

homélie de la Toussaint 2006

Voulez-vous faire partie de la multitude de saints, de la foule immense que nul ne peut dénombrer dont parle l’Apocalypse ? Je voudrais évoquer pour vous le bonheur du Ciel, le bonheur des saints, pour vous y attirer. Nous y sommes tous appelés.

Quel bonheur ? L’Écriture, notamment le livre de l’Apocalypse, nous présente la vie du Ciel comme construite autour de la louange de Dieu. Lorsqu’on a en tête, à propos de la louange, l’attitude qui consiste à flatter, à encenser, à faire des révérences, on peut trouver que c’est bien pauvre comme centre d’activité dans la vie éternelle. Mais si par louange on pense à l’admiration qui naît de l’amour, à la reconnaissance qui jaillit dans le cœur de celui qui aime envers celui qu’il aime, on comprends mieux qu’on pourra passer son Ciel à louer, à contempler, à admirer Dieu et chacun des saints dont nous serons. La louange est la composante la plus épurée, la plus fine, la plus lumineuse de l’amour. Les expressions de l’Apocalypse comme celle que nous avons entendue aujourd’hui  : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu » (Ap 7,12) sont l’expression d’un amour qui jaillit en admiration, d’un amour qui se réjouit de ce qu’est l’autre, qui tressaille de la beauté de l’aimé. C’est un amour pur.

Il me semble que c’est ce bonheur d’aimer ainsi, et d’être aimé ainsi, qui est évoqué par saint Jean à propos de l’espérance d’être semblable au Fils de Dieu (1Jn 3,2). Les saints vivent et jouissent à fond de leur identité d’enfant de Dieu, de la joie d’aimer Dieu et d’être aimé de lui et de s’aimer les uns les autres comme des frères.

Voilà le bonheur du Ciel, voilà le bonheur désigné par Jésus quand il dit à ses disciples  : « heureux ! » À première lecture on pourrait penser que Jésus promet simplement une récompense après avoir peiné. Mais si Jésus évoque des situations difficiles, où le bonheur semble à première vue absent, n’est-ce pas plutôt que toutes ces situations orientent vers le vrai bonheur, celui qui est totalement pur de mensonge  : le bonheur d’aimer et d’être aimé, lorsqu’il est purifié de tout ce qui vient l’abîmer.

C’est cela le bonheur du ciel, le festin du Royaume qui rassasie notre cœur plus que notre estomac. La joie du Royaume est celle de connaître en direct l’amour de Dieu et de partager l’amour des saints. Pour nous qui sommes tentés par le péché, ce bonheur d’aimer et d’être aimé n’est pas accessible sans effort, sans combat. En quoi les Béatitudes proclamées par Jésus viennent soutenir ce combat et nous guider sur le chemin du véritable amour, l’amour du ciel ? (Mt 5,1-12)

Jésus nous encourage à aimer comme un pauvre de cœur, à aimer sans rien exiger en retour, à aimer dans la foi. Pourtant tout amour attend une réciprocité, et la joie est bien d’aimer et d’être aimé tout à la fois. Mais le pauvre de cœur peut aimer sans exiger un retour selon telle ou telle modalité. Le cœur pauvre est capable de goûter l’amour reçu autrement que ce qu’il avait imaginé.

Jésus nous propose aussi un amour qui ne craint pas de pleurer, qui accepte de souffrir pour l’aimé. Par crainte de souffrir il arrive que nous n’allions pas vers tel ou tel, que nous nous fermions à l’amour, que nous cherchions à être indifférent, que nous ne nous donnions pas vraiment. Pourtant, heureux ceux qui acceptent de prendre le risque de pleurer !

C’est aussi un amour qui cherche ce qui est juste, au-delà de tout intérêt propre. Avoir faim et soif de justice au-delà de tout égoïsme, c’est une grande lumière intérieure.

C’est un amour qui vient d’un cœur pur, ou purifié, d’un cœur sans arrière-pensée, d’un cœur qui se donne volontiers et joyeusement, d’un cœur qui ne cherche que la joie de se donner.

Cet amour cherche à construire la paix avec tous, il veut se réaliser dans la concorde, il vise un bien plus large que la joie personnelle d’aimer  : c’est un amour qui veut être au bénéfice du plus grand nombre.

Enfin, cet amour aime la vérité au point d’accepter la persécution, la calomnie. Rien n’est supérieur à l’amour, ni la renommée ni la tranquillité ni même l’instinct de conservation, le désir de conserver sa vie. Par amour aujourd’hui des hommes et des femmes politiques s’engagent dans des causes impopulaires, des jeunes font des choix de vie incompris parce qu’ils se donnent à Dieu, des parents prennent le risque d’accueillir un enfant que la société rejette, des conjoints cherchent à dépasser les difficultés de leur couple, et bien d’autres choses.

Un tel amour, nous voyons bien que nous n’en sommes pas très capables. Quelle issue pour nous ? Que peut-on espérer ? N’oublions pas que les saints sont au Ciel parce qu’ils ont été purifiés par le sang de l’Agneau. Je pense aussi au bon larron  : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras comme roi ! » — « En vérité je te le déclare, aujourd’hui même tu seras avec moi dans le paradis ! » Laissons Dieu nous tendre les bras.