homélie de la fête du Saint-Sacrement

En multipliant les pains, Jésus nourrit toute une foule, il répond au besoin de tous ces gens. Assez vite par la suite il va essayer de leur faire comprendre que la nourriture c’est lui-même ; on le voit clairement dans l’évangile selon saint Jean, où Jésus dira : « je suis le pain de la vie » (Jn 6,35). Oui, ce qui répond à notre besoin profond, c’est que Jésus lui-même se donne à manger.

Jésus se donne à manger, mais plus encore il se donne à aimer. C’est bien de le manger avec la bouche, mais il faut surtout le manger avec le cœur. Car l’eucharistie, c’est le mémorial de la passion, et à nouveau aujourd’hui Jésus s’offre au Père par amour et se donne à nous par amour.

homélie de l’Ascension

l'arbre de vie La fête d’aujourd’hui a un aspect douloureux à première vue : nous fêtons le départ du Christ vers le Père et donc aussi son absence parmi nous. Et si on nous dit : montrez-nous votre Christ en qui vous croyez. Nous devons bien répondre : il est venu du Père et il est retourné à lui ! A première vue nous avons l’air un peu bête de ne pas pouvoir fournir davantage de preuves, mais au fond il y a une réelle bonne nouvelle. Nous commençons à le pressentir lorsque nous voyons les apôtres rentrer à Jérusalem « remplis de joie » alors que Jésus vient de les bénir et les quitter (Lc 24,51).

L’ascension est un événement très cohérent avec l’identité du Christ, son mystère. Car Jésus, bien que vrai homme, n’est pas seulement un grand prophète, un réformateur audacieux, un sage exceptionnel ou un humaniste inspiré. Il est l’Envoyé qui vient du Père, comme nous le fêtons à l’Annonciation, et qui retourne à lui. Il est celui qui nous dit les paroles de son Père tout au long de sa vie, celui qui vient rendre à nouveau possible le lien des hommes avec son Père par sa passion, celui qui se laisse glorifier par son Père dans sa résurrection, et qui maintenant retourne à lui pour partager sa gloire.

Encore une homélie sur la foi : messe des étudiants, 21 avril 2010, sur Jn 6

Saint-Cirq Lapopie Jésus se trouve devant des gens qui ont vu un signe extraordinaire : il a nourri une foule de 5000 hommes avec 5 pains et 2 poissons. Ils ont vu un signe, mais ne croient pas (Jn 6,36). L’insistance sur la non foi nous touche : même eux qui voyaient ne croyaient pas toujours ! Aujourd’hui, dans le monde, c’est difficile de croire, et tout ce qui se passe dans l’Église n’arrange rien. Mais en ce temps-là déjà Jésus a montré plein de signes et on ne croyait pas.

Les signes n’emportent pas la décision à eux seuls. Cela donne un défi à l’homme, à sa liberté sollicitée pour se décider. C’est là que le Père intervient : la foi n’est pas d’abord mon propre choix de Dieu, mais il y a un don de la foi : « ceux que le Père me donne », dit Jésus (v.37). Qui le Père donne-t-il ? En grec c’est un pluriel neutre, invitation à ne pas distinguer telle personne de telle personne. Le Père donne tous ceux qui veulent bien... Celui qui vient à lui, Jésus « ne va pas le jeter dehors ». La foi s’obtient en la demandant, en acceptant de demander au Père.

Scandaleux, cela veut dire étymologiquement : qui fait tomber. Et c’est bien de cela qu’il s’agit. Les agissements de certains prêtres ont fait tomber des enfants ou des jeunes, et maintenant ils fatiguent aussi notre marche au milieu de ce monde.

Les billets relatifs à ces affaires, écrits souvent sur un coup de sang, avaient pris trop de place sur la page d’accueil, je les regroupe ici, du plus récent au plus ancien.

septembre 2010

Ce que l’on découvre sur les agissements pédophiles de confrères m’indigne et m'écœure. Et dire qu’ils vivaient dans un monde où certains luttaient pour que tout cela soit permis, certains qui ont encore le vent en poupe maintenant1. Je me demande quand-même quand on va parler des autres institutions. Le rapport de la commission de l’Église mentionne dans un passage jamais cité : “La Commission a également reçu des lettres de victimes d’abus sexuel par un psychiatre ou un thérapeute, qui se plaignaient de ne savoir à qui adresser leur plainte alors que les faits dataient déjà de 20 à 30 ans. D’autres encore faisaient mention d’abus passés sous silence dans l’armée, dans le sport de haut niveau ou encore de victimes de faits similaires dans une entreprise et qui ne souhaitaient pas se mettre en rapport avec la personne de référence interne pour harcèlement sexuel, car elles estimaient qu’il s’agissait du même nid.”

Le célibat : Ça y est, les adversaires du célibat du prêtre sont de nouveau de sortie. Gabriel Ringlet prétend même que le célibat est occasion d’immaturité sexuelle. Hum, ne confondons pas l’œuf et la poule ! L’immaturité sexuelle peut conduire à choisir le célibat, mais le célibat quant à lui fait grandir dans la maturité sexuelle et la maîtrise des pulsions narcissiques. Et que dire de l’immaturité affective qui pousse des prêtres à faire cavalier seul pour plaire au plus grand nombre en prenant leurs distances par rapport à l’institution qui les a fait naître ? C’est une immaturité qui se manifeste en temps de crise. Ah, que de donneurs de leçons ! Notre Église regorge de sages qui ont peur d’être fous aux yeux du monde. Eh, réveillez-vous, les amis ! Sortez de votre torpeur !

Le cardinal : le cardinal Danneels est vivement attaqué. Voici ce que je pense de la guerre des bien-pensants contre lui. Et ce qu’il en dit lui-même. Tout ça, c'était avant son mea-culpa mais je n'en changerai pas une ligne.

Et puis il y a le commentaire de Natalia Trouiller sur l’opération Calice, ainsi que celui de Koztoujours. Toujours un autre ton...

avril-mai 2010

J’apprécie beaucoup ces articles publiés sur les blogs de Natalia Trouiller et Koztoujours, notamment

Je viens de découvrir cet article sur le nombre conséquent d’abus commis par des pasteurs protestants aux USA. On est tous dans le même bouillon ! 

zutPuisque le Cardinal Bertone va faire des vagues, puisqu'il semble qu’il faut être tellement plus prudent quand on évoque l’homosexualité que le célibat des prêtres, voici plutôt des chiffres : aux États-Unis, pour la période de 1950 à 2002, 80% des victimes de prêtres pédophiles étaient des garçons, dont les 3/4 étaient déjà entrés dans la puberté. (source ici point 4.3, ici et ici) Il y a une bonne discussion dans “tous les prêtres sont pédophiles”.

armes-Saint-Siege32Au milieu de tout ce qui est dit sur les crimes des prêtres pédophiles, la lettre du pape Benoît XVI est d’un ton vraiment digne du Christ. Alors je vous la livre. Après ce week-end des Rameaux je suis assez d’accord avec le cardinal Kasper qui dit  « Ces derniers jours, non seulement le pape, mais toute l’Église et ainsi chaque fidèle, c’est-à-dire chacun de nous, a été frontalement attaqué et dénoncé par quelque médias influents qui outrepasse toute loyauté et toute vérité ».

 


1 Je pense à Daniel Cohn Bendit et son Grand Bazar, aux publications pro-pédophiles du journal Libération, au tourisme sexuel de responsables politiques connus... Cela donne conscience d'un climat plutôt glauque dans lequel se sont déroulés la majeure partie des faits coupables de dizaines de prêtres belges.

homélie du dimanche de la miséricorde

Après sa résurrection, Jésus donne mission à ses apôtres de continuer son œuvre de libération : remettre les péchés, ouvrir un avenir à ceux qui sont condamnés par la société, par leurs proches, par eux-mêmes. La société doit faire régner l’ordre public en punissant les coupables. Cela permet aussi d’objectiver la faute, de faire sentir à la victime que ce qu’elle a subi est injuste. Mais chez les victimes un désir de vengeance peut s’infiltrer, comme on le voit à son sommet lorsque des personnes veulent assister à la mise à mort de leur agresseur dans les pays où la peine de mort est encore d’application. Lorsque la victime cherche à se venger, elle barre l’avenir de celui qui est coupable. Tandis que le Christ nous invitait à faire des reproches à celui qui a des torts envers nous (Lc 17,3), il nous conviait aussi au pardon, à imiter sa miséricorde. Tout au long de sa vie terrestre il a pardonné aux pécheurs, jusqu’à la croix où il fit retentir sa dernière parole : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font... (Lc 23,34) Maintenant Jésus s’assure que son œuvre continuera. Il donne donc pouvoir à ses apôtres de remettre les dettes, de pardonner les péchés. Ils peuvent le faire en ayant reçu l’Esprit Saint (Jn 20,23). escaliers C’est dans l’Esprit Saint qu’ils plongent ceux qui viennent à eux pour être libérés de leurs péchés. C’est l’Esprit Saint que doivent rechercher ceux qui viennent à eux, afin de vivre, d’adhérer plus pleinement au Royaume, de repartir avec la force du Christ ; en effet, ce n’est pas tant en faveur d’un passé que d’un avenir que nous venons recevoir la libération par le pardon de nos péchés.

homélie du jour de Pâques

Saint Ignace, Rome En écoutant ces lectures je suis surpris par cette affirmation de saint Pierre : « Dieu a donné à Jésus de se montrer, non pas à tout le peuple, mais seulement aux témoins qu’il avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. » (Ac 10,41) Pourquoi ne pas se montrer à tout le peuple ? Cela nous ferait tellement de bien, une manifestation publique de Dieu en notre faveur : une preuve de la résurrection du Christ, de la véracité de Dieu sur tous les médias... Ça nous changerait de ce que nous vivons maintenant ! Mais non, l’info croustillante ou écrasante dans les médias ce n’est pas la manière de Dieu. Il préfère les méthodes discrètes... Il y a alors des catholiques qui ne supportent pas ces méthodes discrètes de Dieu et qui cèdent à la tentation de manifestations violentes ; c’est désastreux de s’engager dans cette voie.

homélie du Vendredi saint

Mont Saint-Jean (Morvan) Les enfants demandent souvent : pourquoi Jésus a-t-il été mis à mort ? Cette question vient tous nous réveiller.

C’est une injustice, une injustice éclatante. Alors nous nous demandons : qui sont ceux qui ont commis cette injustice ? Et là nous découvrons qu’il y en a beaucoup. Dimanche je vous parlais des chefs des prêtres, d’Hérode et de Pilate. Ce sont des décideurs, pour qui Jésus est subversif ou insignifiant. Mais aujourd’hui nous pourrions nous arrêter sur l’attitude des disciples et de la foule. Jésus a été mis à mort parce que dans ce monde très dur et violent il n’y a eu personne pour le défendre. Il y a les amis qui se sont cachés, et la masse des gens qui a suivi les interprétation des médias — pour faire une transposition moderne.

Plus tard, après la résurrection, les apôtres oseront défendre Jésus, témoigner de lui, annoncer l’évangile. Si cela s’était passé dans un monde purement humain on aurait pu dire : c’est bien malin de se réveiller maintenant ! Le mal est fait, Jésus est mort, il est trop tard... Mais nous sommes dans un monde habité par Dieu, et sa puissance de vie a englouti la mort. Il n’est pas trop tard pour se réveiller, pour accueillir l’Esprit Saint, pour laisser notre cœur vibrer à la Bonne Nouvelle.

homélie du Mercredi Saint, sur Mt 26,14-26

Une surprise nous attend dans cet évangile, lorsque Jésus déclare « l’un de vous va me livrer... Issoire Celui qui vient de se servir en même temps que moi » (Mt 26,21.23), désignant ainsi Judas. Ne dirait-on pas ainsi que Jésus donne à Judas sa mission ? Judas serait-il alors simplement la bonne personne au mauvais moment ? Serait-il un élément piloté pour l’accomplissement du dessein de Jésus ? Pour comprendre, regardons ce qui se passe, et revenons d’abord deux versets en arrière dans l’évangile : “14 Alors, l’un des Douze, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres 15 et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui proposèrent trente pièces d’argent. 16 Dès lors, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.”

Nous voyons que bien avant la parole du Christ, le projet de le livrer était né et avait fait son chemin dans le cœur de Judas. C’est bien de lui-même qu’il fait cela. Comment alors expliquer l’attitude de Jésus ? Il commence par dire : « l’un de vous va me livrer ». Il déclare qu’en quelque sorte il consent à ce fait d’être livré, qu’il n’est pas pris par surprise. Et d’être livré par un des Douze. Cela rend bien compte de la réalité blessée du monde, où on est parfois trahi par des amis.

homélie du dimanche des Rameaux, 28 mars 2010

La messe d’aujourd’hui nous plonge dans le mystère du mal, de cette autonomie bien mal inspirée que l’homme revendique par rapport à Dieu pour n’en faire qu’à sa tête, et commettre ainsi toutes sortes d’injustices, sociales ou inter-personnelles.

Christ à Saint-François, Louvain-la-Neuve Quand Dieu lui-même vient dans le monde, il est refusé, d’une part par ceux qui se réclament de lui et se sont confortablement installés dans le monde grâce à lui — les chefs des prêtres, les pharisiens — et d’autre part par ceux qui ne sont pas intéressés par lui, qui font leurs petites affaires sans aucune référence à Dieu — Hérode, Pilate et compagnie.

Demain nous découvrirons quelques aspects de la vie de Monseigneur Proaño à Riobamba en Équateur. Il a beaucoup lutté avec ceux qui s’opposent à Dieu en se réclamant de lui, promoteurs d’une Église issue des grands propriétaires terriens et soucieuse de les préserver. Il a aussi beaucoup lutté avec ceux qui promouvaient un monde sans Dieu et voulaient détourner la contestation indienne.

(homélie de la messe des étudiants sur Jn 9 ; 17 mars 2010)

La rencontre de l’aveugle né est pour Jésus l’occasion de faire un miracle, un signe plein de sens pour faire comprendre sa mission. « Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » (Jn 9,5)

Jésus est la lumière du monde, il apporte une lumière pour l’homme, dans un changement profond et radical qui est comparable à passer de la cécité à la vision.

Voir le monde avec les yeux de la foi procure une grande lumière et une grande joie. Quand nous tenons compte de la présence de Dieu dans notre vie et dans le monde, beaucoup de choses qui n’avaient pas de goût ou de sens deviennent belles. Les peurs ou les tristesses qui nous assiègent bien souvent se dissipent lentement : Calvignac (Lot) une confiance nouvelle, basée sur la certitude de reposer dans le cœur de Dieu, nous aide à prendre pied dans le monde, à nous y sentir bien. Nous sommes alors heureux dans le monde malgré son imperfection et nous trouvons notre place malgré nos propres défauts, Nous parvenons à être heureux en toutes circonstances, selon le mot de saint Paul : soyez toujours dans la joie du Seigneur (Ph 4,4)

(homélie du 4ème dimanche de carême, 14 mars 2010, sur Luc 15,1-3.11-32)

Je voudrais m’attarder à une scène qu’on ne met pas souvent en avant dans cet évangile : la fête que le père organise pour son fils, avec le banquet, la musique, les danses. Une fête superbe. Chaque fois que nous venons à Dieu, pour l’eucharistie, pour la prière Beara (Irl.) solitaire dans la chapelle ou dans le secret de notre chambre ou dans le train, Dieu organise une fête dans son cœur pour nous. Et bien que nous ne la sentions pas avec nos yeux de chair et que ses rythmes ne saisissent pas nos membres, cette fête saisit notre vie et nous pouvons partir à sa découverte par nos sens intérieurs.

L’ennui c’est que notre vie est souvent régie par ce que les autres pensent de nous, et ce que nous pensons de nous-mêmes. Beaucoup de nos actions en dépendent, ainsi que bon nombre de nos états intérieurs. Dans la prière, nous passons bien du temps à penser à nous, à notre situation par rapport à Dieu, à ce que nous imaginons que Dieu pense de nous, à notre état de disgrâce ou de mérite envers Dieu. Nous sommes comme le fils cadet qui rumine son discours dans sa tête : « Père, je ne suis pas digne... », ou comme le fils aîné qui ressasse sa droiture.

Le Père n’a que faire de cette attitude...